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Le gouvernement sud-africain aux prises avec une grève du platine qui dure

20/02/2014 09:38 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

L'espoir du gouvernement sud-africain de limiter la grève du platine a fait long feu jeudi, le mouvement entrant dans sa cinquième semaine à l'appel d'un syndicat radical déterminé à croiser le fer avec le pouvoir, accusé de soutenir les multinationales.

A deux mois et demi des élections, le syndicat Amcu a fait fi de l'impatience croissante des trois producteurs Anglo American Platinum (Amplats), Impala Platinum (Implats) et Lonmin, dont les puits à l'arrêt fournissent en temps normal près de la moitié de la production mondiale de platine.

Réfutant les arguments des entreprises qui menacent d'être amenées à restructurer, supprimer des emplois et investir ailleurs, Amcu a maintenu ses exigences salariales lors d'une conférence de presse.

Le syndicat aux chemises vertes a annoncé pour les semaines à venir "des marches sur les compagnies minières et les ministères pour remettre des copies de nos revendications".

"Nous allons coordonner des campagnes localement et auprès de la communauté internationale pour dévoiler la mesure de l'exploitation en Afrique du Sud par les sociétés multinationales", a ajouté Amcu, se disant encouragé par la détermination de ses membres "à affronter le capital la tête la première et à demander ce qui est honnête et équitable".

Amcu veut des salaires minimum de base de 12.500 rands (830 euros) dans le secteur minier, soit à peu près le double du niveau actuel. Une revendication popularisée depuis 2012 et la vague de grèves sauvages qui avait alors ensanglanté le bassin minier de Rustenburg, notamment chez Lonmin dont 34 mineurs furent abattus par la police.

"C'est un objectif auquel nous voulons parvenir et, s'il le faut, nous sommes prêts à souffrir pour ça", a ajouté Amcu, qui a perdu un permanent, Khayalethu Shado Ncedani, tué le 7 février dans des heurts avec la police près d'une mine d'Amplats.

"Les parties (à la négociation) restent très éloignées et les employeurs ont adopté une tactique à la chinoise, bougeant de 0,5% pour gagner du terrain moralement comme s'ils négociaient de bonne foi", a ajouté Amcu.

Au fil d'un communiqué de neuf pages, remontant à la législation coloniale et "ses mécanismes de super-exploitation", Amcu déplace les enjeux de la grève vers le terrain politique, se posant en champion d'une classe ouvrière oubliée.

- Mélange des genres -

L'Afrique du Sud est dirigée depuis 20 ans par l'ANC, allié au Parti communiste et aux syndicalistes du Cosatu, mais l'arrivée au pouvoir de Jacob Zuma en 2009 n'a pas remis en question le tournant social-libéral pris dès les années Mandela.

Petit syndicat radical né au début des années 2000, Amcu a fait une percée depuis 2012 en occupant le terrain à la gauche du syndicat historique des mines, le Num, dont de nombreux cadres sont passé à l'ANC et devenus hommes d'affaires grâce à la politique d'émancipation économique des Noirs (BEE).

Ce mélange des genres a été dénoncé par Amcu. Il affirme que dans la négociation en cours, la délégation des employeurs est composée de "beaucoup d'anciens du Num" qui "déforment les échanges auprès de leurs supérieurs, entraînant l'impasse".

La ministre des Mines Susan Shabangu est également accusée de faire le jeu des compagnies minières et d'avoir incité Amplats à saisir les tribunaux.

Le groupe réclame des dédommagements pour non-respect des modalités de grève. Amcu se félicite au contraire que le mouvement, suivi par près de 80.000 mineurs, demeure relativement pacifique.

Depuis la rupture de facto des pourparlers directs le 5 février, les deux parties se sont accusées mutuellement de refuser le dialogue.

Mercredi, les trois producteurs ont sommé leurs employés d'accepter telles quelles les propositions déjà sur la table, entre 7% et 9% d'augmentation par an sur trois années. L'inflation est un peu inférieure à 6%.

Selon le patronat, ces propositions "poussent les limites de ce qui est acceptable et viable aussi loin que possible". En quatre semaines, les trois leaders mondiaux du platine estiment leurs pertes cumulées à 4,4 milliards de rands, soit 290 millions d'euros.

Jeudi, sur la bourse de Londres, le cours du platine n'a pas réagi.

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