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Génocide rwandais: au procès de Paris, la défense met en doute la crédibilité des témoins

20/02/2014 01:34 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

La cour d'assises de Paris, qui juge pour la première fois en France un Rwandais en lien avec le génocide de 1994, s'est heurtée aux contradictions de certains témoins, conduisant la défense à dénoncer un "problème de crédibilité" de ce procès historique.

Depuis le début des audiences il y a bientôt trois semaines, le président Olivier Leurent avait parfois dû reprendre Pascal Simbikangwa, jugé pour complicité de génocide, qui répondait à côté des questions ou noyait l'essentiel sous les détails.

Mais le problème s'est répété avec l'audition des premiers témoins venus du Rwanda déposer à la barre sur des faits remontant à une vingtaine d'années.

Mercredi, le président avait ainsi listé à un témoin venu assurer que le capitaine Simbikangwa l'avait torturé en 1992 -- des faits non poursuivis -- une série de différences entre ses déclarations aux gendarmes français dans le cadre de l'instruction en 2010 et celles à des enquêteurs de Reporters sans frontières en 1993. Le témoin les avait mises sur le compte du temps, et de méthodes de questionnement différentes.

Mardi, c'est le premier témoin venu du Rwanda qui avait répondu "oui" à une question sur la présence de cachots au siège du Service central de renseignement, au sein duquel il avait travaillé au même moment que l'accusé mais pas sur le même site. Le président lui faisant remarquer qu'en 2010, dans le cadre de l'instruction, il avait dit "non", le témoin avait répondu: "J'ai dû me tromper".

Jeudi, le président a été aux prises avec un nouveau témoin, cité par l'accusation et parlant par le truchement d'un interprète.

Après avoir affirmé n'avoir pas assisté à un meeting resté célèbre pour avoir été le théâtre du premier discours public violemment anti-Tutsi, il "se souvient" finalement avoir été présent, le président lui ayant relu sa déposition en 2005 pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

- Question pourtant simple -

Le capitaine Simbikangwa y était-il ? "Non". Le président lui rappelle alors qu'en 2010, devant les gendarmes français, il avait pourtant dit y avoir vu l'accusé qui "passait des petits papiers" à l'orateur. Comment expliquer ces contradictions? "Il y avait une manière de nous interroger qui pouvait nous faire tromper."

A-t-il vu Pascal Simbikangwa, qui ne passe pas inaperçu cloué dans son fauteuil roulant, à d'autres meetings du Mouvement révolutionnaire national pour le développement, le parti présidentiel avant le génocide? L'accusé ne cache pas son admiration pour le président hutu Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat allait être l'événement déclencheur du génocide des Tutsi, mais assure n'avoir jamais assisté à un de ses meetings.

Un peu plus tard, le président insiste auprès de l'interprète après trois tentatives infructueuses. "Vous lui présentez mes excuses, mais il n'a pas répondu à ma question, qui est pourtant simple: a-t-il vu Pascal Simbikangwa distribuer des armes ?"

"Là où je l'ai vu c'est là où j'étais."

"Devant les gendarmes en 2010 il avait plutôt dit qu'il supposait que Pascal Simbikangwa avait distribué des armes."

Le témoin: "Je ne vois pas la différence avec ce que je viens de dire."

Du miel pour la défense, qui avait par avance dénoncé la crédibilité de témoignages que Pascal Simbikangwa a qualifié de "récitation".

"Evidemment ça pose un problème de crédibilité, des témoins qui sont capables dans le même interrogatoire de dire deux choses différentes et de considérer que c'est la même chose", lance Me Fabrice Epstein. "Il y a un souci, la défense le disait depuis longtemps (...) et on s'en rend compte de manière criante devant la cour d'assises. Ça vient mettre un doute quant à la légitimité du renvoi de Pascal Simbikangwa devant la cour d'assises."

La cour doit commencer à entendre la semaine prochaine des témoins directs des faits reprochés à l'accusé - organisation et armement de miliciens pour tenir des barrages où étaient filtrés les Tutsi - pour lesquels il risque la prison à perpétuité.

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