POLITIQUE

Commission Charbonneau: des entrepreneurs molestés par des fiers-à-bras liés à la FTQ-Construction

19/02/2014 10:16 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT
Radio-Canada

L'entrepreneur Normand Pedneault a éclaté en larmes après avoir longuement témoigné lorsqu'il a évoqué devant la commission un épisode de terreur vécu sur un chantier de la Côte-Nord en octobre 2005.

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Un texte de Bernard Leduc

L'entrepreneur du Saguenay, qui avec ses frères avait refusé de plier devant les exigences du représentant du local AMI Michel Bézeau et de Bernard « Rambo » Gauthier, représentant du 791, qui demandaient le renvoi de ses travailleurs du Saguenay en échange de ses hommes, a récolté leur colère.

Les deux hommes, dit-il, se sont présentés d'abord une première fois sur le chantier pour exiger le départ de leurs employés et dire qu'ils allaient leur référer des travailleurs locaux. Puis, deux jour plus tard, il reçoit un téléphone de M. Bézeau qui lui répète de renvoyer chez eux ses hommes. Il met aussitôt en garde ses frères.

La voix brisée, il a alors expliqué qu'au lendemain de cet avertissement lancé par M. Bézeau, entre 40 et 50 personnes sont débarquées sur le chantier du ponceau à Longue-Rive.

M. Pedneault lui-même n'était pas là, mais ses deux frères Benoît et Daniel oui, qui furent durement molestés.

Ils les ont pognés dans le fond de la roulotte, ils les tenaient à la gorge accotée dans le coin, le poing à six pouces de la face, ils empestaient le fond de tonne et ils étaient intoxiqués pis ils les menaçaient...

« Ils les ont pognés dans le fond de la roulotte, ils les tenaient à la gorge accotée dans le coin, le poing à six pouces de la face, ils empestaient le fond de tonne et ils étaient intoxiqués pis ils les menaçaient.... » a-t-il raconté, son discours entrecoupé de sanglots, « Pedneault, t'as pas compris ce qu'on est venu te dire sur le chantier, tu voulais pas nous écouter, là tu vas comprendre (...) parce qu'il n'y en aura plus de prochaine fois : on sait quelle place tu restes, t'as des enfants, une famille, on va s'en occuper ».

La Côte-Nord sous la coupe de Bézeau et Rambo

Plus tôt, Normand Pedneault avait longuement explique que la Côte-Nord n'est pas une région prisée par les entrepreneurs. L'entrepreneur du Saguenay estime qu'il y règne un régime d'exception, qu'il illustre par cette phrase : « La convention collective arrête à Baie-Comeau, après ça, ça se discute... ».Et comme dans le témoignage de Rock Savard, là encore ressortent les noms de Bernard « Rambo » Gauthier et Michel Bézeau de la FTQ-Construction.

« On sait que ça va coûter plus cher, mais on ne sait pas dans quelles conditions ça va se faire... », soutient-il, ajoutant : « On ne va jamais sur la Côte-Nord pour faire de l'argent, on y va pour travailler ».

L'entreprise Paul Pedneault Inc effectue des travaux à travers le Québec, à l'exception de Québec et de Montréal. Elle est spécialisée dans le génie civil, soit les viaducs, les barrages, les stations de pompage, des contrats donnés par les municipalités, sinon Hydro-Québec ou le MTQ.

M. Pedneault, dont l'entreprise est active sur la Côte-Nord depuis les années 1980, estime que ce n'est seulement que vers 1997, en marge d'un contrat pour une station de pompage à Sept-Îles, que son entreprise et ses travailleurs ont commencé à être victimes d'intimidation, dans un contexte où le chômage était élevé sur la Côte-Nord.

« Le harcèlement a commencé, autrement dit, pour faire travailler les gens de la Côte-Nord », a-t-il soutenu, évoquant le rôle joué par des délégués syndicaux, le comité local des chômeurs ainsi que de mystérieux fiers-à-bras anglophones qui feront une apparition-surprise sur le chantier.

M. Pedneault a été contraint de renvoyer au Saguenay des travailleurs de son équipe et a dû sous-traiter de nombreux aspects du contrat à des gens de Sept-Îles. Il a notamment été contraint d'engager un grutier, payé le prix fort pour faire bien peu.

L'entrepreneur a souligné avec force que rien n'empêche un travailleur qui a ses cartes de compétence, par exemple un grutier, de faire des tâches de journalier. Cette façon de faire, dit-il, se pratique partout au Québec... sauf sur la Côte-Nord : « là, il y un chauffeur pour les pelles rondes, un chauffeur pour les pelles carrées ».

« Bézeau pis Rambo, y runnent tout ce qu'il y a dans le coin »

À l'époque, l'entrepreneur avait conclu que les problèmes rencontrés étaient avant tout liés à la situation économique difficile dans la région, et non aux syndicats.

Ce n'est qu'en 2005 qu'il est confronté au chantage syndical sur les chantiers sur la Côte-Nord. M. Pedneault, qui avait obtenu quatre contrats dans la région, dévastée par de fortes pluies, est alors confronté aux pressions de la FTQ-Construction.

Il constate d'abord qu'un charpentier-menuisier a refusé de lui-même de travailler pour lui parce qu'il était CSN. Puis, sur un chantier à Magpie, il a eu la surprise de voir débarquer Michel Bézeau, représentant du local des manœuvres (AMI) de la FTQ-Construction, qui exige l'arrêt des travaux et tente de prendre en main le chantier pour imposer des gens de Sept-Îles.

« Il a monté trois ou quatre fois pis ça a brassé fort, mais les gars du coin se sont tenus, ils ont gardé l'ouvrage ». Ces travailleurs du coin étaient, incidemment, eux aussi FTQ-Construction : « La basse Côte-Nord et le local de Sept-Îles, c'est pas le grand amour ».

M. Pedneault refuse de condamner l'ensemble de la FTQ-Construction dans la région, il montre avant tout du doigt Bernard « Rambo » Gauthier des opérateurs de machinerie lourde du 791 et Michel Bézeau du local AMI.

M. Pedneault tentera par la suite, sur un contrat de trottoir et bordure à Sept-Îles cette même année, d'ajuster son tir en faisant une entente avec les deux poids lourds de la FTQ-Construction pour qu'ils lui fournissent la main-d'oeuvre. À terme, il souhaite se monter une équipe locale avec laquelle il travaillerait lors d'autres contrats dans la ville.

Il accepte même d'embaucher plus d'hommes que nécessaire, soit 10 plutôt que 6, conscient que leur rendement sera moindre.

M. Pedneault a en effet expliqué, comme il l'avait évoqué plus tôt, que le syndicat s'assurait que les travailleurs se cantonnent à une définition stricte de leur tâche, sous la supervision d'un travailleur en contact constant par téléphone avec son local. « J'étais très bien surveillé... », lâche-t-il.

À terme, ni la compétence ni le rendement ne seront au rendez-vous. Au final, les profits espérés de 100 000 $ se transforment en perte.

À titre de comparaison, il a illustré qu'au Saguenay, la réfection d'un mètre de trottoir coûte 80 $, contre 150 sur la Côte-Nord. Selon lui, la cause est avant tout la faible productivité de la main-d'œuvre.

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