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Elections en Hongrie : Orban a déjà gagné la bataille des affiches

20/02/2014 12:45 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

A six semaines des législatives dans la Hongrie de Viktor Orban, les visages des leaders de l'opposition sont affichés à tous les coins de rue... sous les traits peu flatteurs de suspects arrêtés par la police.

Les panneaux montrent le socialiste Attila Mesterhazy et ses alliés, les deux anciens chefs de gouvernement de centre-gauche Ferenc Gyurcsany et Gordon Bajnai, côte à côte devant un fond d'identification judiciaire.

Dans ce photomontage, chacun des trois hommes tient devant lui une pancarte portant son nom. Les mines sont déconfites, et l'éclairage blafard parfait l'impression d'être dans un commissariat.

Un clown, seule touche de couleur, se tient parmi les trois hommes.

Les affiches sont là depuis des semaines, bien que la campagne électorale pour le scrutin du 6 avril n'ait été lancée officiellement que dimanche. Viktor Orban, Premier ministre sortant, fait la course en tête, avec plus de 50% d'intentions de vote, contre 33% pour le centre-gauche.

Le dirigeant conservateur est controversé depuis son accession au pouvoir en 2010. L'Union européenne, les Etats-Unis et de nombreuses ONG lui reprochent son flirt avec l'extrême-droite, et ses attaques contre l'indépendance de la Cour constitutionnelle, de la Banque centrale, de la justice et des médias.

Mais M. Orban et son parti Fidesz n'ont, officiellement, rien à voir avec l'affiche au clown, signée du Forum de l'union civile (COF), une ONG amie. D'ailleurs, les panneaux n'entreront pas dans le compte de campagne du Fidesz.

La création du COF est omniprésente à Budapest, des panneaux lumineux aux colonnes Morris, en passant par les flancs des tramways.

Et sur la route reliant la capitale à Lorev, à 60 km au sud, l'AFP a décompté 81 panneaux électoraux: 33 pour le Fidesz, 34 pour le COF, et seulement 14 pour la liste commune de l'opposition.

Face à un tel rouleau compresseur, la coalition de centre-gauche tarde à relever le gant.

Elle paie d'abord le fait de s'être assemblée tardivement, en janvier. Viktor Szigetvari, du parti de Gordon Bajnai, accuse aussi des "oligarques proches du pouvoir" de détenir "de 55 à 60%" des emplacements d'affichage.

Mais comme le relève le politologue Péter Kreko, de l'institut Political Capital, "personne n'empêcherait l'opposition de faire campagne plus activement" dans les boîtes aux lettres ou sur les réseaux sociaux.

A la télévision, ce serait une autre affaire. Les médias publics sont largement favorables au gouvernement, et le Parlement a voté, en avril 2013, une loi interdisant aux chaînes privées de facturer leurs espaces publicitaires aux partis politiques.

Pour éviter des pertes massives, les télévisions commerciales préfèrent donc rester en-dehors de la campagne, comme la loi les y autorise. L'élément prend tout son sens quand on sait que leurs audiences, RTL Klub et TV2 en tête, écrasent celles de la télévision publique.

Restent donc les affiches, dont l'impact est difficile à évaluer. Pour le politologue Csaba Toth, du centre indépendant Republikon, la domination du Fidesz sur ce terrain "renforce son image d'invincibilité", mais les panneaux ne devraient pas "modifier en profondeur la volonté des électeurs".

La présence du clown sur l'affiche du COF laisse en tous cas perplexe Dalma Rigo, une jeune comptable de Szigetbecse (50 km au sud de Budapest) : "Je comprends que la photo veuille les faire passer pour des criminels. Mais le clown, je ne sais pas vraiment ce qu'il fait là."

Mme Rigo n'envisage pas de voter Fidesz, au contraire de Gabor Kondorosi, qui loue du matériel de construction à Lorev.

"Je ne suis pas un supporter fanatique d'Orban, et les affiches ne me passionnent pas", résume-t-il : "Mais pour moi et mon entreprise, les choses ont changé en mieux. Je pense que le pays est sur une bonne voie".

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