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Venezuela : l'opposition se mobilise pour son dirigeant arrêté

19/02/2014 12:45 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Des centaines d'opposants et d'étudiants ont commencé à se rassembler mercredi à la mi-journée dans le centre de Caracas, en soutien au dirigeant radical Leopoldo Lopez, qui devait être présenté à un juge au lendemain de sa reddition.

Le palais de Justice de Caracas, où avaient été appelés à se réunir les protestataires, était placé sous haute protection policière, tandis que fusaient les slogans de soutien à M. Lopez, dont la comparution devant le tribunal pour se voir signifier les charges retenues contre lui se faisait attendre, a constaté un photographe de l'AFP.

M. Lopez, 42 ans, fondateur du parti Voluntad Popular (droite) est visé par un mandat d'arrêt pour homicide et incitation à la délinquance depuis une manifestation ayant fait trois morts la semaine dernière à Caracas.

Il est l'un des opposants les plus radicaux au président Nicolas Maduro dans ce mouvement de contestation entamé début février par des étudiants protestant contre l'insécurité, l'inflation et les pénuries.

Mardi, il s'est rendu à la police devant des milliers de partisans et de nombreux journalistes sur une place de l'est huppé de la capitale.

La procureur générale Luisa Ortega Diaz, qui n'a pas indiqué à quelle heure précise aurait lieu la comparution, a précisé lors d'une interview télévisée qu'il faudrait attendre "la fin de l'audience pour savoir où il serait emprisonné, s'il reste détenu".

Cet opposant diplômé de Harvard à la carrière politique émaillée de démêlés avec le pouvoir "chaviste" (du nom de l'ancien président Hugo Chavez), a reçu le soutien de la coalition d'opposition de la Table de l'unité démocratique (MUD), en particulier des secteurs les plus radicaux. Ceux-ci appuient sa stratégie d'occupation des rues pour tenter d'obtenir "La Salida" (leur mot d'ordre : "La Sortie") du gouvernement.

Mais sa volonté de confrontation radicale ne fait pas l'unanimité au sein de la coalition et M. Lopez bénéficie surtout du soutien de la jeunesse mobilisée.

- Détourner l'attention -

Pour le politologue Angel Oropeza, la détention de Leopoldo Lopez complique la situation du pouvoir, qui "devra bien mesurer ses conséquences politiques".

"Probablement, ils vont le retenir quelques jours. S'ils le libèrent déjà, ce sera un signe de faiblesse, mais s'ils le retiennent trop longtemps, cela pourrait stimuler encore plus les manifestations et augmenter la pression internationale", estime ce professeur de sciences politiques à l'Université Simon Bolivar (USB) interrogé par l'AFP.

D'après lui, l'unique point positif pour le gouvernement est d'être parvenu "à sortir de la difficulté d'avoir à apporter des réponses à la crise économique que traverse le pays pour déplacer le débat sur un terrain où il a toujours été plus à l'aise : celui de la confrontation politique".

Nicolas Maduro, dauphin de l'ex-président socialiste Hugo Chavez décédé il y un an, affronte sa plus profonde crise sociale depuis son élection sur le fil en avril 2014 à la tête de ce riche pays pétrolier, toujours marqué par une instabilité économique et politique.

Point d'orgue de 15 jours de manifestations et contre-manifestations, Caracas a été mardi le théâtre de deux mobilisations à l'appel des étudiants et de l'opposition d'une part, et du pouvoir d'autre part.

Dans l'est de la capitale, des milliers de manifestants vêtus de blanc fortement encadrés par la police ont assisté à la reddition très médiatique de Lopez souhaitant que son "arrestation infâme" serve à "réveiller le peuple".

Dans le centre, devant le palais présidentiel de Miraflores, le président Maduro a, lui, harangué une dizaine de milliers d'employés de la compagnie pétrolière publique PDVSA, arborant la couleur rouge du pouvoir. Il s'en est notamment pris à ses homologues de droite chilien et colombien (Sebastian Piñera et Juan Manuel Santos) accusés d'"ingérence".

Malgré les craintes de voir se réitérer les incidents violents lors d'une précédente manifestation la semaine dernière (3 morts, véhicules de police incendiés, dizaines d'interpellations), la journée a été calme, même si quelques blocages de rues ou feux de poubelles ont été signalés dans la nuit.

Des rassemblements de soutien au président Maduro ont eu lieu mardi soir devant les ambassades vénézuéliennes en Argentine, Bolivie, Equateur, au Nicaragua, Pérou et à Cuba.

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