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Ukraine: le président Viktor Ianoukovitch annonce avoir conclu une trêve

19/02/2014 07:49 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

KIEV, Ukraine - Le président ukrainien et les principaux chefs de file de l'opposition ont conclu une trêve pour mettre fin aux violences qui ont fait au moins 26 morts et plus de 425 blessés mardi.

L'un des leaders du mouvement de contestation, l'ex-boxeur Vitali Klitschko, a indiqué à une agence de presse que le gouvernement de Viktor Ianoukovitch s'était engagé à ne pas attaquer le bastion de l'opposition au centre-ville de Kiev le temps que d'autres séances de négociations aient lieu.

Le président Ianoukovitch a rencontré les chefs de l'opposition mercredi et les deux parties se sont entendues pour faire cesser le bain de sang, indique-t-on dans un communiqué publié sur le site web du président. Le communiqué ne divulgue cependant pas d'autres détails concernant cet accord.

M. Klitschko, une figure de l'opposition ukrainienne — qui exige plus d'ouverture à l'Europe et la fin des relations économique et politiques avec la Russie —, a déclaré à l'agence Interfax que M. Ianoukovitch s'était engagé à ce qu'il n'y ait pas de nouvelles tentatives d'évacuation du campement de manifestants au centre-ville de Kiev.

Des barricades de pneus continuaient à brûler dans la capitale pour une deuxième nuit consécutive alors que le mouvement de protestation demandant la démission de M. Ianoukovitch ne montrait aucun signe d'essoufflement.

La trêve survient quelques heures après que le président eut annoncé le remplacement du chef des forces armées et que les militaires eurent promis de déployer une vaste campagne antiterroriste pour rétablir l'ordre en Ukraine.

Les récentes violences sont les pires depuis le début des protestations à Kiev, il y a environ trois mois. Le conflit a débuté en novembre lorsque le président Ianoukovitch a rejeté une entente commerciale avec l'Union européenne, favorisant plutôt un plan de sauvetage financier de 15 milliards $ de la Russie.

Les tractations politiques se sont depuis poursuivies, la Russie et l'Occident étant toutes deux tentées de renforcer leur influence sur le pays de 46 millions d'habitants divisés entre pro-européens, dans l'ouest de l'Ukraine, et partisans du Kremlin.

Les ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne, de la France et de la Pologne étaient en route vers Kiev pour assister à une rencontre qui doit avoir lieu jeudi. Ils se rendront ensuite à Bruxelles pour une réunion d'urgence qui pourrait déboucher sur l'imposition de sanctions contre les responsables des violences en Ukraine.

De son côté, le président des États-Unis, Barack Obama, a condamné les violences à Kiev, prévenant le gouvernement Ianoukovitch qu'il y aurait «des conséquences» si ces affrontements perduraient. Washington a indiqué envisager se joindre à l'Union européenne dans l'adoption des sanctions contre l'ancienne république soviétique.

À Kiev, des manifestants auraient volé des centaines d'armes dans les bureaux de la principale agence ukrainienne de sécurité, selon ce qu'a rapporté l'organisation mercredi. L'agence a annoncé du même souffle une campagne antiterrorisme d'envergure nationale.

Les protestataires se sont aussi emparés du bureau central de la poste, sur la place de l'Indépendance à Kiev, le Maidan, après qu'un édifice voisin qu'ils occupaient ait été incendié lors des affrontements de la veille. Ils ont refusé de reculé devant la police antiémeute et continué à défendre cette place, qui fait figure de bastion et de symbole pour l'opposition.

Plus tôt dans la journée, aucun des deux camps n'avait semblé prêt à discuter d'une éventuelle réconciliation. L'opposition insistait pour obtenir la démission de M. Ianoukovitch et la tenue d'élections anticipées tandis que le président, lui, semblait prêt à en découdre.

Un membre de l'opposition, Oleh Lyashko, avait prévenu le président du danger qu'il encourrait.

«Ianoukovitch, tu vas terminer comme (Mouammar) Kadhafi. Tu dois cesser de tuer ou c'est ce sort qui t'attends, parasite. Garde cela en mémoire, dictateur!», avait-il lancé devant une foule de milliers de manifestants en colère.

Le président Ianoukovitch avait quant à lui blâmé les manifestants pour l'explosion de violence et déclaré que l'opposition est allée trop loin quand elle a appelé ses partisans à «prendre les armes».

«Je demande encore aux leaders de l'opposition (...) de tracer une ligne entre eux et les éléments radicaux qui provoquent l'effusion de sang et les affrontements avec les forces de l'ordre, avait-il dit. S'ils ne veulent pas quitter (la place), ils devraient reconnaître qu'ils appuient les radicaux. Alors la conversation avec eux sera différente.»

Il avait ensuite appelé à un jour de deuil pour les victimes, jeudi.

À Moscou, le Kremlin a déclaré mercredi que le versement de son aide financière avait été suspendu en raison de l'avenir incertain du pays et de ce que le gouvernement russe qualifie de «tentative de coup d'État».

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a indiqué que lui et ses collègues rencontreraient les deux parties en Ukraine avant la tenue d'une réunion à Bruxelles pour discuter d'éventuelles sanctions du bloc européen.

Entre autres sanctions possibles figurent le gel des avoirs et les interdictions de séjour à l'étranger, des mesures qui pourraient avoir de lourdes conséquences pour les oligarques appuyant le gouvernement ukrainien.

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