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Mexique: les milices d'autodéfense "aidées" par les compagnies minières

19/02/2014 09:39 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

A Aguililla, une guérite vide, portant une soixantaine d'impacts de balles, accueille le visiteur à l'entrée de la mine où des dizaines de camions chargés de minerai circulent dans un ballet incessant sur ses chemins de terre escarpés.

Tandis qu'il contrôle le chargement du minerai de fer, le responsable d'une entreprise minière étrangère, sous couvert de l'anonymat, assure que depuis la prise de contrôle du village par les milices d'autodéfense en juin sa société est presque débarrassée du racket des Templiers.

"En échange, on a accepté d'aider les milices d'autodéfense à hauteur de 3 ou 4 dollars" par tonne de fer, dit-il à l'AFP.

Les milices d'autodéfense du Michoacan ne cachent pas que les compagnies minières contribuent désormais financièrement à leur lutte contre les Chevaliers Templiers après avoir été pendant des années racketées par ce groupe criminel.

Selon le porte-parole des milices locales, Estanislao Beltrán, il "a été convenu" que des compagnies minière contribueraient, mais pour "une part minime", aux ressources dont ont besoin les milices créées l'an dernier par les habitants de la région.

"On ne nous donne pas d'argent pour tuer, ni pour voler, ni pour racketer, rien de tout cela. Il s'agit de survivre et de se débarrasser d'eux" (les Templiers), dit Adalberto Fructuoso, ex-maire et aujourd'hui "leader communautaire" à Aguililla.

Le Michoacan est le principal producteur de fer du Mexique (27,2%). Selon les chiffres du ministère de l'Economie, quatre millions de tonnes ont été extraites dans la région en 2012. Des chiffres qui ne tiennet pas compte de l'extraction illégale qui prolifère depuis 2010.

- Un commerce lucratif pour les narcotrafiquants -

Dans une volonté de diversifier leurs sources de revenus, les Templiers, ont commencé à extraire illégalement du fer et à l'exporter vers la Chine, activité devenue une de ses principales sources de revenus, selon le gouvernement mexicain.

Parallèlement, les Templiers, considérés comme un des principaux producteurs de drogue synthétique, importent d'Asie les précurseurs chimiques destinés à la fabrication de la métamphétamine dans les nombreux ateliers clandestins du Michoacan.

Les Templiers ont aussi commencé à racketer et à voler du minerai aux compagnies, ainsi que les transporteurs vers le port de Lazaro Cardenas, sur la côte Pacifique. Ils taxaient aussi sur le stockage et le concassage.

Au total, les narcotrafiquants pouvaient toucher jusqu'à six dollars par tonne, selon les calculs des entrepreneurs.

"Les Templiers avaient le contrôle de tout le processus. Les entreprises étaient comme des écrans", reconnaît le responsable minier d'Aguililla.

En novembre, le gouvernement mexicain a confié à l'armée le contrôle du port de Lazaro Cardenas et depuis janvier, plus de 9.000 éléments des forces fédérales, armée et police, sont chargés de la sécurité dans le Michoacan.

Depuis, "le problème du racket n'a pas disparu, mais on a beaucoup progressé", assure une source de l'association des entrepreuneurs du port. Selon elle, l'arrivée de minerai de fer illégal a diminué de 60% au cours des derniers mois.

- Aide ou contribution forcée? -

Selon une source du gouvernement du Michoacan, les services de renseignement mexicain enquêtant sur le racket, ont récemment décidé d'élargir leurs investigations pour déterminer "si les compagnies financent également les groupes d'autodéfense pour contenir l'extraction illégale réalisée par la délinquance organisée".

Les chefs des milices calculent qu'ils touchent deux dollars par tonne de minerai, ce qui représenterait quelque quatre millions de dollars par an pour le mouvement.

Mais pour le propriétaire d'une parcelle minière ce n'est pas une contribution volontaire. "Ce n'est pas une aide, parce qu'en fait nous n'avons pas le choix", dit-il à l'AFP.

L'importante entrée d'argent en provenance des mines s'ajoute pour les milices d'autodéfense à l'ensemble des contributions venant des entrepreneurs d'autres secteurs comme les exploitants agricoles. Pour les milices, c'est en échange de les avoir délivré du racket des Templiers.

"C'est de l'argent qui nous aide tant qu'existe le mouvement. Cet argent ne suffit pas car nous y allons de notre poche", assure un des chefs des milices, le "Comandante Cinco", coordinateur de la prise d'Apatzingan, la ville bastion des Templiers.

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