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L'Ukraine annonce des mesures d'exception après des violences qui ont fait 26 morts

19/02/2014 10:41 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Le régime ukrainien a annoncé des mesures d'exception, "antiterroristes", contre les opposants radicaux, au lendemain de violences et d'un assaut policier qui ont fait 26 morts à Kiev, conduisant Paris et Berlin à brandir la menace de sanctions.

Le service de sécurité nationale, le SBU, a annoncé une vaste opération antiterroriste, dans toute l'Ukraine, arguant que "les groupes extrémistes et radicaux menacent par leurs actions la vie de millions d'Ukrainiens".

Plus de 1.500 armes à feu et 100.000 munitions sont passées "entre les mains des criminels" depuis mardi, a souligné le SBU, sans préciser la nature des mesures envisagées, et alors que la question de l'état d'urgence a été régulièrement évoquée à Kiev ces dernières semaines.

Dans le centre de la capitale ukrainienne, un calme tendu régnait mercredi, un répit après les affrontements meurtriers de la veille et de la nuit. Des centaines d'habitants affluaient sur le Maïdan, la place de l'indépendance, dernier refuge des manifestants hostiles au président Viktor Ianoukovitch, les bras chargés de provisions, de vêtements et de médicaments.

Une frêle barricade séparait les manifestants des policiers antiémeute, avec des échanges intermittents de projectiles de part et d'autres, tandis que des enfants et des personnes âgées descellaient les pavés de la place.

"La prochaine étape, c'est la guerre civile", estimait Igor, 23 ans, en faction à une barricade.

Le ministère de la Santé a fait état d'un nouveau bilan de 26 morts depuis le regain de violences à Kiev mardi, et de 241 blessés hospitalisés dont 79 policiers et cinq journalistes. Au moins dix policiers figurent parmi les tués, selon le ministère de l'Intérieur.

Un journaliste ukrainien a aussi été abattu, a indiqué son journal.

L'un des responsables de l'opposition, l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, a estimé que seule la démission du président pouvait apaiser les tensions.

"Le sang a coulé dans les rues de Kiev (...). Viktor Ianoukovitch est responsable du meurtre de citoyens pacifiques", a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée sur le site internet de son parti, Oudar.

- Deuil national -

Les violences ont commencé par des affrontements mardi aux environs du parlement, et ont été suivies dans la soirée par l'assaut de la police contre le Maïdan, épicentre de la contestation, occupé depuis près de trois mois par des milliers de personnes qui y avaient établi leur campement de tentes.

Un assaut des forces antiémeute, équipées de blindés, y a été déclenché dans la nuit, dans la fumée des incendies et des pneus brûlés, après une pluie de grenades lacrymogènes et assourdissantes.

Plusieurs étages de l'imposante Maison des Syndicats, transformée en QG des manifestants, ont été ravagés par le feu et le bâtiment menace de s'effondrer selon les services de secours.

Le président Viktor Ianoukovitch a décrété une journée de deuil national, jeudi.

Il avait auparavant accusé les chefs de l'opposition, dans un message à la Nation diffusé en pleine nuit, d'avoir appelé à une "lutte armée" pour prendre le pouvoir, assurant que les coupables comparaîtraient "devant la justice".

Lui emboîtant le pas, la Russie a dénoncé une "tentative de coup d'Etat", exigeant des leaders de l'opposition qu'ils fassent cesser les violences et réfutant à l'avance toute médiation européenne.

- Sanctions ciblées -

Face à la crise, l'une des pires que traverse l'Ukraine, une ex-république soviétique, depuis son indépendance en 1991, des pays de l'UE, comme la France, l'Allemagne et la Pologne, ont appelé à des sanctions à l'égard des responsables de la répression.

"Ceux qui ont commis ces actes, ceux qui se préparent à en commettre d'autres, doivent savoir qu'ils seront sanctionnés", a jugé le président François Hollande.

Viktor Ianoukovitch "a du sang sur les mains", a jugé le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt.

La Grande-Bretagne a assuré que le gouvernement devrait "rendre des comptes" cependant que l'ONU réclamait une enquête "urgente et indépendante" sur les violences.

Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'UE doit avoir lieu jeudi, et le chef de la diplomatie polonaise a été désigné pour se rendre sur place au nom des Européens.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a dit espérer que les Etats membres se mettent d'accord "dans l'urgence sur des mesures ciblées contre les responsables de la violence".

La contestation est née de la volte-face en novembre du pouvoir ukrainien qui a renoncé subitement à un rapprochement avec l'Union européenne pour se tourner vers Moscou.

Après avoir mobilisé des centaines de milliers de personnes, elle s'est transformée au fil des semaines en un rejet du régime du président Ianoukovitch.

Le pouvoir a imposé à Kiev un état d'urgence qui ne dit pas son nom : le métro de Kiev a été fermé et les autorités ont annoncé que les entrées de la ville étaient désormais filtrées.

Les violences menacent désormais de s'étendre au reste de l'Ukraine.

A Lviv, un bastion de la contestation dans l'ouest, quelque 5.000 manifestants ont pris d'assaut les sièges de l'administration régionale et de la police, ainsi que de bâtiments militaires, s'emparant de dépôts d'armes.

Des heurts fin janvier avaient fait quatre morts et plus de 500 blessés à Kiev.

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