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Horrifiés par la violence à Kiev, les Européens songent à des sanctions

19/02/2014 11:25 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Après des mois d'atermoiements, les Européens ont durci le ton mercredi à l'égard du régime ukrainien et brandi la menace de sanctions qui devraient cependant épargner, pour le moment, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch afin de ne pas couper les ponts avec Kiev.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE vont se réunir jeudi après-midi à Bruxelles pour mettre au point la réponse de l'UE au déchainement de violence qui a causé la mort d'au moins 26 personnes dans la capitale ukrainienne.

"Ceux qui ont commis ces actes (de violence en Ukraine), ceux qui se préparent à en commettre d'autres, doivent savoir qu'ils seront sanctionnés", a affirmé mercredi le président français François Hollande au cours d'une conférence de presse commune avec la chancelière allemande Angela Merkel à Paris.

A Bruxelles cependant, plusieurs sources diplomatiques ont indiqué que le président Ianoukovitch ne devrait pas être concerné par d'éventuelles sanctions.

"On ne veut pas couper les ponts, il faut laisser les canaux de négociations ouverts", a expliqué un diplomate s'exprimant sous couvert de l'anonymat.

"Il y a un bloc de pays qui ont des réserves sur les sanctions", a dit un diplomate en marge d'une réunion des ambassadeurs de l'UE chargés de préparer le conseil des ministres des affaires étrangères de jeudi.

Parmi ces pays, il y aurait l'Espagne, l'Italie, la Bulgarie, la Grèce et Chypre. Un diplomate d'un grand pays du nord de l'Europe a estimé que des sanctions contre M. Ianoukovitch "pourraient le pousser dans les bras de la Russie".

Dans le passé, se souviennent des responsables européens, les sanctions prises contre le régime du Bélarus ont conduit à un renforcement de la répression et à un rapprochement de ce pays avec Moscou.

"Il n'y a pas d'unanimité, car plusieurs pays voisins de l'Ukraine ne souhaitent pas s'avancer dans la voie des sanctions à cause d'un risque de voir le régime durcir encore le ton à l'égard de l'opposition", a commenté le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, personnellement favorable à des sanctions.

- Mission de bons offices -

Un accord unanime entre les 28 Etats membres est nécessaire pour imposer des sanctions. Sans accord, les ministres des Affaires étrangères pourraient se contenter de publier une déclaration solennelle mettant en garde les dirigeants ukrainiens.

Mandaté par le chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, a fait savoir sur son compte twitter qu'il se rendait à Kiev mercredi pour une mission de bons offices.

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a pour sa part annoncé son intention de se rendre à Kiev jeudi avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier.

Si les Européens parvenaient à surmonter leurs divisions et à imposer des sanctions, elles pourraient consister à une interdiction de visas, au gel des avoirs de personnes impliquées dans la répression et à un embargo sur les matériels utilisés pour la répression, comme le gaz lacrymogène.

La ministre italienne des Affaires étrangères Emma Bonino a suggéré d'également sanctionner "les provocations des groupes extrémistes et violents" de l'opposition.

Depuis l'échec des négociations en vue d'un accord d'association entre l'UE et l'Ukraine, en novembre dernier, Bruxelles n'a pas ménagé sa peine pour que Kiev choisisse finalement la voie européenne.

Mme Ashton et le commissaire européen chargé des questions de voisinage, Stefan Füle, ont multiplié les missions. Imposer des sanctions sonnerait le glas de ces efforts.

"Nous voulons (...) permettre à l'Ukraine de connaître sa transition politique vers de nouvelles élections et un rassemblement", a assuré M. Hollande mercredi. "L'Europe est toujours disponible pour l'accord d'association qui a été proposé à Vilnius", a-t-il ajouté.

Mais la Russie a vivement dénoncé la position des Occidentaux.

"Nos partenaires européens ont suffisamment fait les médiateurs", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a qualifié les évènements actuels à Kiev de "tentative de coup d'Etat".

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