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Blair voulait aider Murdoch lors de la crise des écoutes du News of the World

19/02/2014 09:14 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

L'ex-premier ministre britannique Tony Blair a proposé en juillet 2011 de conseiller officieusement Rupert Murdoch pour l'aider à gérer la crise ouverte par les révélations sur les écoutes pratiquées par le journal News of the World.

L'ancien premier ministre travailliste a notamment conseillé au groupe Murdoch de s'inspirer de la manière dont lui-même a étouffé la polémique sur sa décision de suivre les États-Unis dans la guerre en Irak.

Ces révélations figurent dans un courriel adressé par Rebekah Brooks à James Murdoch, fils de Rupert Murdoch, et lu mercredi devant le tribunal londonien d'Old Bailey.

Dans ce document, celle qui était alors la patronne en Grande-Bretagne des activités de presse écrite de News Corp, l'empire médiatique de Rupert Murdoch, détaille les conseils que vient de lui prodiguer l'ancien premier ministre britannique au cours d'une conversation téléphonique d'une heure en juillet 2011.

Ce courriel a été envoyé le lendemain de la fermeture du News of the World, hebdomadaire fondé 168 ans plus tôt, décidée par Rupert Murdoch avec l'espoir d'éteindre le scandale.

« Il se tient à ta disposition, à celle de KRM [Rupert Murdoch, NDLR] et à la mienne en tant que conseiller officieux, mais il faut que cela reste entre nous », écrit Rebekah Brooks à James Murdoch, alors patron de News Corp en Grande-Bretagne.

« Rapport du style Hutton »

Toujours selon Rebekah Brooks, Tony Blair a livré ce conseil : « Ça passera. Tenez bon. » Quatre jours plus tard, elle démissionnait et, deux jours encore après, elle était
interpellée pour un interrogatoire par la police.

Les propos de Tony Blair rapportés par Rebekah Brooks tranchent avec la réaction officielle de l'ancien premier ministre trois jours avant cette conversation téléphonique. Tony Blair, qui est le parrain de l'un des enfants de Rupert Murdoch, avait alors publiquement jugé que les écoutes téléphoniques du News of the World étaient « plus qu'écoeurantes ».

Les services de Tony Blair, aujourd'hui représentant du Quartet de médiateurs internationaux au Proche-Orient, soulignent que l'ancien chef du gouvernement a « simplement donné un conseil de manière informelle ».

Tony Blair a insisté auprès de Rebekah Brooks sur le fait qu'une situation aussi grave exigeait de mettre en place une « procédure totalement transparente et indépendante » pour établir les faits, a ajouté son porte-parole.

Les détracteurs de Rupert Murdoch lui reprochent d'avoir soumis l'élite politique britannique à son influence grâce à la puissance de son empire médiatique.

Dans son courriel, Rebekah Brooks écrit que Tony Blair suggère au groupe de Rupert Murdoch de créer une commission d'enquête indépendante formée de juristes extérieurs à News Corp. Cette commission serait chargée de rédiger un rapport similaire à celui de Lord Hutton, qui a exonéré le gouvernement de Tony Blair de tout mensonge quant aux raisons invoquées pour l'intervention militaire en Irak en 2003.

« Plan B »

« Faites en sorte qu'ils enquêtent sur moi et sur d'autres et qu'ils publient un rapport du style Hutton », écrit Rebekah Brooks dans ce courriel. « Rendez publique la première partie du rapport au moment même où la police termine son enquête et disculpez-vous, reconnaissez des erreurs et acceptez de nouvelles solutions et procédures. »

Lord Hutton avait été chargé par Tony Blair d'enquêter sur les raisons pour lesquelles la BBC avait accusé le gouvernement d'avoir « survendu » ses arguments en faveur d'une intervention en Irak. Au terme d'une enquête de près de six mois, Lord Hutton avait surtout mis en cause la BBC, dont les deux principaux dirigeants avaient en conséquence démissionné.

Les sondages réalisés dans la foulée de ce rapport en 2004 ont montré que pour une majorité de Britanniques, il constituait une manière pour le gouvernement d'« étouffer » la polémique.

The Sun, quotidien du groupe de Murdoch, avait publié les conclusions de ce rapport avant leur présentation officielle. Rebekah Brooks était alors rédactrice en chef du Sun et, malgré une enquête officielle, l'origine de cette fuite n'a jamais été découverte.

Rebekah Brooks, qui fut une proche connaissance de l'actuel premier ministre conservateur David Cameron, et six co-accusés sont jugés devant le tribunal d'Old Bailey pour leur implication présumée dans les écoutes illégales pratiquées par les journaux de News Corp, dont la mise au jour a suscité l'indignation en Grande-Bretagne.

Dans un autre courriel lu devant la cour, Rebekah Brooks détaille pour James Murdoch un « plan B » qui consisterait pour eux à « accabler » les autres dirigeants du groupe et à divulguer un rapport interne dont les conclusions leur seraient favorables.

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