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Biz lance son troisième roman: balade à Mort-Terrain (VIDÉO)

19/02/2014 10:19 EST | Actualisé 19/02/2014 10:24 EST

Biz affirme que son troisième roman, Mort-Terrain, est le plus énorme projet entrepris dans sa carrière. Après Dérives (2010), le récit de son difficile apprivoisement de la paternité, et La chute de Sparte (2011), un témoignage d’adolescent sous forme de blogue, l’auteur a minutieusement construit un village fictif, Mort-Terrain, qu’il a campé en Abitibi.

Il lui a insufflé une âme, un passé. Il l’a peuplé de personnages issus de cette petite communauté tissée serré et d’autres, de la culture autochtone, dont les blessures d’hier ne sont pas complètement cicatrisées. Il y a envoyé Julien Daigneault, un médecin montréalais parti s’établir là-bas pour fuir une peine d’amour, désireux de renouer avec ses racines. Puis, il a ajouté les éléments qui donneraient vie à cette trame qui verse dans l’horreur et le fantastique, que son créateur définit comme un «thriller minier». Une grande compagnie minière qui veut s’imposer. Une guerre de l’emploi. L’ombre insistante du Wendigo, ce monstre mangeur de chair. Des cadavres.

Au total, il aura fallu deux ans de travail à l’auteur pour façonner cet univers, qui bouillonnait littéralement en lui et ne demandait qu’à vivre de lui-même. Des recherches constantes ont accompagné le processus d’écriture : sur Google Maps, pour bien situer le patelin; au fil de discussions avec des Amérindiens, pour valider des informations sur les réserves autochtones; à travers des questions au Ministère des Ressources naturelles et de la Faune d’Amos, pour en apprendre sur la végétation et les espèces animales de la région…

«Pendant deux ans, je te le jure, j’ai rêvé au Wendigo et à Mort-Terrain à tous les jours avant de m’endormir, raconte Biz. Ma femme, ma famille, mes amis vont être bien contents que j’arrête de leur casser les oreilles avec le Wendigo! C’est vraiment une histoire qui me hantait.»

La haine de soi

Qui le hantait, parce qu’elle remue en lui des convictions profondes. À la fin de l’année 2011, dans le temps des fêtes, Biz visionnait la série américaine Supernatural avec les siens, au chalet de ses parents. Il n’a pas du tout apprécié l’émission, conçue par Eric Kripke et mettant en vedette deux frères chasseurs de créatures surnaturelles. Mais l’épisode traitant du Wendigo, cette légende cannibale de la mythologie amérindienne, a piqué sa curiosité. Puis, sont arrivés 2012, le printemps érable, la révolte étudiante et citoyenne…

«Le Québec dos à dos, face à face, avec les carrés rouges et les carrés verts, se remémore l’artiste. Ce Québec qui se cannibalise et qui s’entre-dévore depuis. Souverainistes et fédéralistes. Gauche et droite. Carrés rouges et carrés verts. Charte et anti-Charte. Anticosti et anti-Anticosti. Comme nation, on est systématiquement en train de se manger. Il y a une droite qui, non seulement dénonce les problèmes de la province, mais s’en réjouit, aussi. Il y a une haine de soi, en ce moment, au Québec. On n’est pas bons. On est mauvais. Une chance qu’on a l’argent des Canadiens, parce qu’on ne gagnerait jamais de médailles. Et il y a une certaine gauche multiculturelle, qui est aspirée par différentes cultures du monde, mais qui n’est absolument pas intéressée par la culture québécoise francophone, qui s’en échappe complètement.»

«Je trouvais intéressant de parler de ça en sortant de Montréal, en me rapprochant de la culture amérindienne, poursuit Biz. Selon moi, sortir du cul-de-sac identitaire au Québec, ça passe par le rapprochement avec les Premières nations. Par la reconnaissance de la profonde identité qu’on a en nous, qui vient des Premières nations, qui a été éradiquée par le pouvoir britannique avec la Loi sur les Indiens, et l’église catholique qui a javellisé les baptistaires en changeant les noms amérindiens, et qui n’a jamais rien voulu savoir du métissage. Moi, je pense que, pour résoudre nos problèmes identitaires, il faut revenir à l’alliance avec les Premières nations. C’est de ça que le livre parle, en premier lieu. Avant même de parler des mines, qui ne sont qu’une sorte de prétexte.»

En faisant intervenir le Wendigo dans ce ressourcement à la fois individuel et collectif, Biz agite aussi une vieille peur jadis bien implantée dans l’esprit des Québécois et savamment entretenue par la religion, celle du diable, en lui opposant une figure qu’il considère beaucoup plus grandiose.

«Le diable, au Québec, date de 400 ans. Il est arrivé avec Cartier et Champlain. Le Wendigo a 6000 ans. Il est bien plus fort que le diable! C’est une créature hivernale, nordique, qui vient d’ici. Elle n’est pas été importée d’Europe, comme un vampire ou un loup-garou. Et elle est là depuis des millénaires!»

Immigrer à son origine

Biz n’a pas opté pour l’Abitibi par hasard lorsqu’est venu le temps de choisir le décor de Mort-Terrain. Encore une fois, c’est sa soif de comprendre d’où il vient pour mieux savoir où il va qui a guidé son intuition.

«On ne voit et on n’entend jamais parler de l’Abitibi, s’exclame-t-il spontanément. Moi, c’est une région que j’adore, où j’ai de très bons amis, Algonquins ou Blancs. Il y a des gens, là-bas, qui méritent d’être connus, qui sont débrouillards, qui ont une grandeur d’âme. Mais, à Montréal, on ne connait pas ça. On va au Sénégal, mais on ne connait rien des Indiens et on n’est jamais allés en Abitibi. D’après moi, il y a un décalage, là-dedans.»

«Je ne dis pas qu’il faut seulement rester centré sur le Québec. Mais moi, me retrouver dans le bois avec les Premières nations, je ne considère pas que c’est de me replier sur moi-même. Au contraire. C’est comme immigrer à mon origine. C’est fondamental. C’est un déplacement de moi, ça me sort de moi et, en même temps, ça me rapproche. Je voulais rendre les Amérindiens visibles, présents. Ils sont là tout au long du livre.»

Dans les prochains mois, Biz donnera des spectacles avec ses camarades de Loco Locass. Quelques idées de romans futurs ont commencé à germer en lui. Mais les images de Mort-Terrain continuent de l’habiter, au point où il aimerait éventuellement en faire un film.

«Je vais laisser vivre le livre un peu, mais ça m’intéresse de me pencher là-dessus. Donc, je vais peut-être, encore, malheureusement, écœurer mes proches avec le Wendigo! (rires)»

Mort-Terrain, le troisième roman de Biz, publié chez Leméac Éditeur, est présentement en vente.

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