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Au Pays Basque, peut-être un premier pas vers un désarmement de l'ETA

19/02/2014 10:37 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

La visite vendredi au Pays Basque d'un groupe d'experts internationaux, quelques jours après l'annonce par l'ETA d'un geste imminent pour consolider la fin de la violence, suscite l'espoir dans la région d'un premier pas vers un désarmement du groupe séparatiste.

La Commission internationale de vérification, un groupe d'experts en conflits non reconnu par Madrid, créé en 2011, a annoncé, de manière laconique, qu'elle transmettrait un message "très significatif et positif" lors de cette visite, consacrée à des rencontres avec les partis politiques basques suivies d'une conférence de presse à Bilbao.

Au Pays Basque, la nouvelle était interprétée comme une possible avancée vers un désarmement de l'ETA, prochaine étape à franchir après l'abandon de la violence le 20 octobre 2011.

Le gouvernement basque, dirigé par les nationalistes conservateurs du PNV, "espère que les nouvelles qui pourront survenir seront sérieuses, fiables, ne se limiteront pas à quelque chose de symbolique et représenteront des faits concrets dans le sens du désarmement et de la disparition de l'ETA", soulignait mercredi son représentant, Jonan Fernandez.

L'ETA, très affaibli sous la pression policière et politique, dont il ne resterait en liberté qu'une trentaine de membres, refusait jusqu'à présent d'envisager un calendrier de désarmement tant que ne seraient pas prises en compte ses revendications, dont un assouplissement de la politique pénitentiaire envers ses détenus.

Le gouvernement de droite espagnol, de son côté, fait la sourde oreille et ne cesse de réclamer la dissolution sans conditions du groupe.

Derrière ce blocage apparent, les lignes ont pourtant bougé au Pays Basque: les partis de la gauche indépendantiste ont gagné en influence politique depuis trois ans, après s'être démarqués de la violence, et l'ETA, parallèlement, a multiplié les messages depuis son dernier attentat sur le sol espagnol, en août 2009.

Une nouveau signe est venu le 28 décembre avec un message du collectif EPPK, représentant plus de 500 détenus de l'ETA dispersés dans les prisons espagnoles et françaises.

Très attendu, le texte entérinait l'abandon de la violence et évoquait, pour la première fois, de possibles démarches individuelles en vue d'une libération, semblant renoncer à une demande d'amnistie collective, une revendication historique de l'ETA.

Cette annonce avait été largement interprétée comme un assouplissement de la position du groupe, classé organisation terroriste par l'Union européenne et les Etats-Unis, rendu responsable de la mort de 829 personnes en plus de 40 ans d'attentats pour l'indépendance du Pays Basque et de la Navarre.

D'autres signaux sont venus parallèlement de la société basque: le 11 janvier, une manifestation a réuni plus de 100.000 personnes à Bilbao, convoquée conjointement, malgré leurs divergences, par la gauche indépendantiste et par le PNV, réclamant la fin de la "dispersion" des prisonniers de l'ETA.

Le 7 février, dans un communiqué, l'ETA prenait acte de ces "avancées" et annonçait qu'il ferait, "dans un bref délai", un geste "significatif".

"Ce sont des petits pas, et je pense que nous verrons ce vendredi un autre petit pas, peut-être plus important", relève le journaliste Gorka Landaburu, spécialiste de la question basque.

Créée en septembre 2011, peu avant l'annonce historique de l'ETA, et travaillant depuis en coulisses, la commission est composée de cinq experts: Ram Manikkallingam, son président sri-lankais, le Sud-africain Ronnie Kasrils, les Britanniques Ray Kendall et Chris Maccabe, et Satish Nambiar, un général indien.

Début 2013, des contacts établis en Norvège avec des membres de l'ETA avaient tourné court, dans un contexte de blocage total.

Après une pause, la commission semble avoir renoué ces derniers mois les contacts, directs ou non, aboutissant à cette visite.

"On ne parlera pas encore de dissolution", estime Gorka Landaburu. Mais si l'annonce d'un désarmement total semble prématurée, le Pays Basque se prépare en revanche à faire un pas dans cette direction.

La nouvelle, si elle se confirme, pourrait se matérialiser, de manière directe, par des informations géographiques sur les caches d'armes encore aux mains de l'ETA, situées la plupart en territoire français. Ou se limiter à des promesses que de telles informations seront fournies prochainement.

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