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Talibans libérés : Washington doit cesser de "harceler" la justice afghane (Karzaï)

13/02/2014 12:41 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Le président Hamid Karzaï a demandé jeudi aux Etats-Unis de cesser de "harceler" les autorités judiciaires afghanes après la libération par Kaboul de 65 talibans présumés, qui a provoqué la fureur de son allié américain, avivant les tensions déjà fortes entre les deux pays.

"J'espère que les Etats-Unis vont arrêter de harceler les autorités judiciaires afghanes et de contester leurs procédures (...) si les autorités judiciaires afghanes décident de libérer des prisonniers cela n'est pas et ne doit pas être l'affaire des Etats-Unis", a déclaré le président afghan devant la presse à l'issue du 8è sommet Turquie-Afghanistan-Pakistan à Ankara.

Les prisonniers, qui étaient détenus à Bagram, une prison controversée située au nord de Kaboul et autrefois gérée par les seuls Etats-Unis, sont jugés "dangereux" par les militaires américains en Afghanistan.

Mais Kaboul a passé outre. "Les 65 prisonniers ont été libérés et ont quitté la prison de Bagram ce matin", a déclaré à l'AFP Abdul Shukor Dadras, membre de la commission chargée d'évaluer les demandes de libération des détenus dans les prisons afghanes.

L'ambassade des Etats-Unis a aussitôt dénoncé la décision "profondément regrettable" de Kaboul dans un communiqué en forme d'avertissement: "Le gouvernement afghan devra assumer les conséquences de cette décision (...). Nous l'exhortons à prendre toutes les mesures possibles pour s'assurer que les personnes libérées ne commettent pas de nouveaux actes de violence ou de terreur".

Geste d'apaisement

Plusieurs analystes voient dans ces libérations un geste d'apaisement du pouvoir afghan envers les talibans dans l'espoir de les convaincre enfin d'accepter des pourparlers de paix pour stabiliser le pays après le retrait des forces de ses alliés de l'Otan à la fin de l'année.

Les talibans afghans du mollah Omar ont jusqu'à présent toujours officiellement refusé de parler directement avec le gouvernement du président Karzaï, qu'ils qualifient de "marionnette" des Etats-Unis, et nié ces derniers jours des informations récentes faisant état de contacts préliminaires avec lui.

A la lumière des plaintes des Etats-Unis, les autorités afghanes ont indiqué avoir "réétudié" les dossiers de ces détenus. "Mais les preuves contre eux n'ont jamais été sérieusement étudiées" par les autorités afghanes, a déploré jeudi l'ambassade des Etats-Unis.

Selon les Etats-Unis, ces prisonniers sont directement impliqués dans des attaques meurtrières contre des soldats de l'Otan et des membres des forces nationales afghanes.

"Un pas en arrière"

La libération de ces 65 prisonniers sera un "pas en arrière pour l'Etat de droit en Afghanistan" et "une source d'inquiétude légitime" pour les forces de sécurité afghanes et internationales confrontées à l'insurrection talibane, avaient averti cette semaine les forces américaines dans le pays.

Les Etats-Unis ont eu pendant longtemps le contrôle de la prison de Bagram, avant d'en transmettre l'essentiel aux autorités afghanes en mars 2013. Lors de la cérémonie marquant cette passation de pouvoir, le président Karzaï avait présenté l'événement comme un symbole des efforts de l'Afghanistan pour recouvrer sa souveraineté nationale.

Les Etats-Unis y détiennent toutefois encore des combattants présumés non-afghans.

Les libérations de 65 talibans présumés sont "contraires" à l'accord sur le transfert de la prison de Bagram dans lequel les autorités afghanes "s'engageaient à prendre toutes les mesures possibles pour s'assurer que les personnes libérées ne présentent plus de menace" à la sécurité, ont encore plaidé les Etats-Unis.

"Si ces libérations ont bien lieu (...) cela aura un impact incroyablement négatif sur l'avenir des relations entre le peuple américain et le gouvernement afghan", avait même soutenu le mois dernier le sénateur américain Lindsey Graham pendant une visite à Kaboul

Ce nouveau désaccord s'ajoute aux tensions déjà vives entre Washington et le président Karzaï à propos de l'accord de sécurité bilatéral (BSA) encadrant le maintien d'une force résiduelle américaine en Afghanistan après 2014.

Les Etats-Unis menacent M. Karzaï de retirer toutes leurs troupes du pays s'il ne signe pas rapidement ce texte, alors que ce dernier compte déléguer cette tâche à son successeur au terme de la présidentielle d'avril à laquelle il ne peut participer, la Constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat.

Faute d'un tel accord, les Etats-Unis s'étaient retirés d'Irak fin 2011 sans y laisser de forces sur place afin d'appuyer les troupes irakiennes. Depuis, ce pays connaît une exacerbation des violences communautaires.

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