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Talibans libérés : Washington doit arrêter de "harceler" la justice afghane, juge Karzaï

13/02/2014 12:08 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Les Etats-Unis doivent cesser de "harceler" les autorités judiciaires afghanes, a estimé jeudi le président afghan Hamid Karzaï après la décision, critiquée par Washington, des autorités de Kaboul de remettre en liberté 65 talibans présumés.

"J'espère que les Etats-Unis vont arrêter de harceler les autorités judiciaires afghanes et de contester leurs procédures (...) si les autorités judiciaires afghanes décident de libérer des prisonniers, cela n'est pas et cela ne doit pas être l'affaire des Etats-Unis", a déclaré M. Karzaï devant la presse à la clôture du 8e sommet Turquie-Afghanistan-Pakistan à Ankara.

Les autorités afghanes ont libéré jeudi matin 65 combattants présumés écroués à Bagram, prison située près de Kaboul, la capitale, malgré les protestations des Etats-Unis qui voient en eux une menace pour la sécurité du pays.

L'ambassade des Etats-Unis à Kaboul a immédiatement qualifié cette décision de "profondément regrettable".

"Le gouvernement afghan devra assumer les conséquences de cette décision (...). Nous exhortons le gouvernement à prendre toutes les mesures possibles pour s'assurer que les personnes libérées ne commettent pas de nouveaux actes de violence ou de terreur", a ajouté l'ambassade dans un communiqué.

M. Karzaï a qualifié la prison de Bagram d'"usine de fabrication de talibans". "Son existence est contraire au droit et à la souveraineté de l'Afghanistan", a-t-il déclaré à Ankara.

Plusieurs analystes ont aussi interprété ces libérations comme un geste d'apaisement dans l'espoir de convaincre les talibans d'accepter des pourparlers de paix.

Ce désaccord s'ajoute aux tensions déjà vives entre Washington et le président Karzaï à propos de l'accord de sécurité bilatéral encadrant le maintien d'une force résiduelle américaine en Afghanistan après 2014.

Les Etats-Unis menacent M. Karzaï de retirer toutes leurs troupes du pays s'il ne signe pas rapidement ce texte, alors que ce dernier compte déléguer cette tâche à son successeur au terme de la présidentielle d'avril à laquelle il ne peut participer, la Constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat.

Le président afghan exhorte le Pakistan à favoriser des négociations de paix entre son régime et les talibans avant de signer cet accord avec les Etats-Unis, qui prévoit le maintien de 10.000 soldats américains au-delà de 2014.

Jeudi à Ankara, le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a rénouvelé son "soutien de tout coeur au processus de paix en Afghanistan". "Nous sommes sur la même ligne en ce qui concerne ces questions", a-t-il ajouté devant la presse.

M. Sharif a toutefois concédé que les entretiens d'Ankara n'avaient pas permis d'apaiser totalement les tensions suscitées par la présence de nombreux talibans sur son territoire, que Kaboul l'accuse d'abriter.

"Nous n'avons pas encore trouvé de solution", a-t-il déclaré.

Le mois dernier, le chef de l'Etat afghan a ainsi accusé l'agence de renseignement pakistanaise d'avoir été à l'origine de l'attentat qui a visé le 17 janvier un restaurant libanais de Kaboul, ayant causé la mort de 21 personnes, dont 13 étrangers.

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