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Présidentielle: polémique sur un éventuel soutien de l'armée à Bouteflika

13/02/2014 11:26 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

A deux mois de la présidentielle, la hiérarchie de l'armée qui joue un rôle majeur en Algérie, se déchire par médias interposés sur un éventuel soutien au président Abdelaziz Bouteflika qui maintient le suspense sur sa volonté de briguer un 4e mandat.

Alors que la polémique enfle sur son maintien au pouvoir, M. Bouteflika est sorti cette semaine de sa réserve pour mettre en garde contre toute tentative visant à "porter atteinte" à l'unité de l'armée et à la stabilité du pays.

Il s'agit de la première réaction officielle du président aux accusations du chef du Front de Libération nationale (FLN, au pouvoir), Amar Saïdani, contre le tout puissant patron du Département de renseignement et de sécurité (DRS), le général Mohamed Médiene dit Toufik, auquel la presse prête d'immenses pouvoir.

Selon M. Saïdani, favorable avec le chef d'état-major de l'armée Gaïd Salah à un 4e mandat de M. Bouteflika, le général Toufik veut empêcher ce dernier de se représenter.

"Nous, au FLN, on veut que le général Toufik cesse de s'immiscer dans les affaires du parti. En fait, il n'est pas en position de dire oui ou non à la candidature du président Bouteflika à la présidentielle" du 17 avril, a déclaré M. Saïdani au journal en ligne TSA.

- Clan présidentiel accusé de 'trahison' -

La guerre feutrée autour du maintien au pouvoir de M. Bouteflika depuis son retour de 80 jours d'hospitalisation en France pour un AVC en 2013, a pris un tour spectaculaire après les accusations de Saïdani.

C'est la première fois que le général Toufik, un personnage secret qui n'est jamais apparu en public, est visé ouvertement par de telles accusations.

D'anciens hauts responsables militaires et d'ex-ministres se sont relayés dans les journaux pour défendre le DRS face à M. Saïdani, chef du FLN depuis août 2013.

Le général à la retraite Hocine Benhadid n'a pas hésité à appeler M. Bouteflika à partir "dignement". Il s'en est pris particulièrement à son frère, Saïd Bouteflika, "premier et principal acteur" du clan présidentiel, ainsi qu'à un autre de ses membres, le général Salah.

Démissionnaire en 1996 en pleine guerre civile, M. Benhadid juge ce clan coupable de "trahison" pour s'en être pris selon lui, via le chef du FLN, à une branche de l'armée.

L'ex-ministre de la justice Mohamed Charfi, réputé proche du clan présidentiel, a lui aussi défendu le DRS dans l'attaque terroriste du site gazier d'In Amenas, en 2013.

En fonction à l'époque, M. Charfi a reproché à M. Saïdani d'avoir "évoqué avec désinvolture la criminelle agression contre le site gazier, méprisant le rôle vaillant" de l'armée.

- Confiance rompue entre armée et Bouteflika? -

"C'est Saïd Bouteflika qui gère le pays et donc son seul adversaire est le DRS. Il gère via le téléphone de la présidence, donc les gens obéissent. Et dans l'armée Gaïd Salah est avec lui", a dit l'ex-ministre Abdeslam Ali Rachedi, aujourd'hui dans l'opposition, au journal El Watan.

Pour le journaliste d'investigation Mohamed Sifaoui, "la confiance est définitivement rompue entre Bouteflika et Toufik".

Hichem Abboud, ex-officier du renseignement devenu patron des journaux Mon Journal et Jaridaty, désormais interdits pour avoir annoncé un coma grave du président, a même accusé par voie de presse Saïd Bouteflika de corruption en prévision de son prochain livre "L'Algérie des Bouteflika: vol, vice et corruption". Mais ce dernier a rétorqué qu'il ne répondrait pas à ces accusations.

Dans la guerre des deux camps, le président, qui détient le portefeuille de la Défense, a procédé en septembre 2013 à d'importants changements au DRS puis à un remaniement ministériel. Il a placé trois services névralgiques de l'armée, auparavant chapeautés par le DRS, sous l'autorité directe du général Salah, également vice-ministre de la Défense.

Il a mis à la retraite un proche du général Toufik, le général Hassan qui était chargé de la lutte anti-terroriste.

Ces décisions avaient été interprétées comme une volonté de M. Bouteflika de réduire l'influence du DRS, dans la perspective de la présidentielle.

Depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962, l'armée a toujours choisi le président. M. Bouteflika a été élu depuis 1999 avec le soutien du général Toufik.

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