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Pakistan : douze policiers tués dans un attentat taliban à Karachi

13/02/2014 07:31 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Au moins douze policiers ont été tués et une quarantaine d'autres blessés dans un attentat des talibans jeudi dans l'instable mégalopole de Karachi (sud), au moment où les insurgés discutent de paix avec le gouvernement.

L'attaque a été revendiquée par le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), qui ont entamé cette semaine un second round de discussions dans le cadre d'un processus relancé fin janvier par le Premier ministre Nawaz Sharif.

Une voiture garée dans la rue et bourrée d'explosifs a explosé dans la matinée au passage d'un bus transportant une cinquantaine de policiers, a déclaré Raja Umer Khatab, chef de l'unité antiterroriste de Karachi, précisant que la bombe avait été actionnée à distance.

Les autorités avaient plus tôt évoqué une collision entre une voiture piégée conduite par un kamikaze et l'autobus des policiers.

L'attentat a fait douze morts et plus d'une cinquantaine de blessés, ont indiqué des sources policières et hospitalières, révisant à la hausse un précédent bilan.

"Nous avons perpétré cette attaque contre la police car elle tue nos hommes", a déclaré à l'AFP Shahidullah Shahid, le porte-parole officiel du TTP. "Notre guerre défensive se poursuivra tant que nous n'aurons pas d'accord de cessez-le-feu", a-t-il prévenu.

Depuis le nouvel appel à des pourparlers de paix de M. Sharif, il y a un peu plus de deux semaines, au moins 61 personnes ont été tuées dans des attentats au Pakistan, dont neuf mercredi dans une attaque contre un comité antitaliban et treize mardi contre un cinéma pornographique de Peshawar, grande ville du nord-ouest.

Première revendication récente du TTP

Le TTP avait jusqu'à présent nié toute implication dans ces violences qui pourraient toutefois porter la marque de factions dissidentes de la rébellion hostiles à tout rapprochement avec le gouvernement d'Islamabad.

Les commentateurs demeurent sceptiques sur l'issue de ces pourparlers, certains y voyant avant tout une façon pour les rebelles et le gouvernement de temporiser à l'approche du retrait des soldats de l'Otan en Afghanistan voisin, qui pourrait redéfinir le fragile équilibre régional.

Karachi, port tentaculaire de près de 20 millions d'habitants bordé par la mer d'Arabie, est le théâtre depuis quelques années d'une guerre des gangs sanglante sur fond de rivalités ethniques, politiques et économiques, de violences interconfessionnelles et de la montée en puissance des talibans.

Le mois dernier, avant l'appel à la paix du Premier ministre Sharif, le TTP avait revendiqué l'attentat fatal à Chaudhry Aslam, surnommé le "super policier" de Karachi et qui avait dirigé des opérations contre les talibans et contre de puissants gangsters locaux.

Selon le Comité de liaison entre la police et les citoyens (CPLC), organisme local recoupant les données sur la violence urbaine, 2.507 personnes ont été assassinées à Karachi en 2013, année la plus meurtrière depuis la tenue d'un registre au début des années 90.

L'année 2012 avait jusque-là été la plus sanglante pour Karachi avec plus de 2.100 assassinats contre 344 cinq ans plus tôt sous le gouvernement militaire de Pervez Musharraf, ce qui avait poussé de nombreuses personnalités à demander une opération de l'armée en zone urbaine.

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