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La fin du porte-à-porte par Postes Canada attise la grogne des usagers

13/02/2014 12:45 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Postes Canada, en voulant cesser la distribution du courrier de porte à porte, a soulevé les protestations des usagers et des facteurs qui dénoncent le manque de concertation et le refus d'explorer une stratégie de diversification.

"C'est une décision irresponsable de la part du gouvernement (conservateur) et de Postes Canada de couper les services de livraison à domicile", a récemment dénoncé Hoang Mai, député du Nouveau parti démocratique (NDP, gauche).

Pour la société parapublique, l'usage très répandu du courrier électronique et la concurrence des services privés de messagerie ont provoqué une chute du volume de lettres et de colis à distribuer par les facteurs. La déperdition est énorme. Un milliard de lettres ou colis en moins depuis 2006, selon Postes Canada, qui perd de l'argent.

Pour éviter son déclin, le groupe postal va donc installer des boites postales au coin des rues ou dans des quartiers, où les habitants iront récupérer leur courrier. La fin du porte-à-porte devrait être effectif en 2018, accompagné de 15.000 départs en retraite ou licenciements.

Comme cela n'aurait pas suffi à éviter le naufrage, le prix du timbre a été pratiquement doublé à un dollar canadien pour tenter de faire entrer de l'argent dans les caisses.

"Tout le monde s'entend, il y a un problème", selon Jean Roy, professeur à HEC Montréal. Ce spécialiste de la finance dénonce l'absence de réflexion stratégique sur l'entreprise pour "élargir les sources de revenus".

"Plusieurs options pourraient être examinées, en particulier offrir des services financiers, de la téléphonie mobile et peut-être même des services internet" dans les bureaux de poste, estime Jean Roy en faisant référence aux groupes postaux en Europe qui ont souvent diversifié leurs activités pour compenser la perte de chiffre d'affaires sur le courrier.

Vers une privatisation?

Cette diversification est également réclamée par les salariés. "Postes Canada serait inspirée de regarder ce qui se fait ailleurs (...) en France, en Italie, en Nouvelle-Zélande, ou encore au Japon avec la vente de services bancaires", plaide Yannick Scott, porte-parole du STTP (Syndicat des travailleurs et travailleuse des postes).

Une autre piste, pour le syndicat, serait de passer des partenariats de distribution à domicile avec les commerçants en ligne.

La fin du porte-à-porte signifie la fin du lien social avec les habitants et principalement avec les personnes âgées ou à mobilité réduite. "Je ne suis pas contente, je suis même fâchée", avait lancée une retraitée de 74 ans lors d'une manifestation fin janvier à Ottawa pour protester contre cette décision.

Facteur et délégué syndical au STTP, Guillaume Brodeur se voit comme "le dernier rempart de cette vie sociale". "La relation humaine avec les usagers, c'est quelque chose qui me plaît dans le métier", fait-il valoir.

En prenant une tournure politique, le dossier devrait s'inviter dans un an dans la campagne électorale pour le renouvellement de la Chambre des communes.

Une bonne vingtaine d'années plus tard, le gouvernement conservateur "tente à nouveau de déréglementer (...) et d'aller vers la privatisation totale du service postal", dénonce Yannick Scott.

"Difficile de prévoir l'avenir, mais il semble bien que ça soit l'intention du gouvernement conservateur de rendre Postes Canada privatisable et de la privatiser", affirme Jean Roy sans mésestimer la capacité d'"un mouvement populaire" de bloquer un tel dessein.

Ce spécialiste en finance reconnaît qu'un sauvetage de Postes Canada passerait par "des investissements substantiels" pour peu qu'une volonté politique se manifeste. Mais, selon lui, la solution repose sans doute plus sur des "partenariats avec les banques pour réduire le risque financier pour Postes Canada".

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