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«Furieusement calme», de François Morency : pas reposant (VIDÉO)

13/02/2014 10:21 EST | Actualisé 13/02/2014 12:19 EST

François Morency a choisi le thème de la peur pour propulser son quatrième one man show, Furieusement calme. On l’a constaté rapidement mercredi, alors que l’humoriste effectuait sa rentrée montréalaise au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts : cette ligne conductrice est riche en matériel et ouvre sur une infinité de possibilités, que Morency exploite à merveille. En grande forme, l’homme offre une prestation dynamique, pas tellement «calmante» et intelligente. Est-il réellement «furieusement calme»? On l’ignore et on en doute. Mais furieusement drôle, ça, oui, par exemple.

Le spectacle commence en force avec une vidéo nous ramenant en 1976, à Québec, dans la maison d’un jeune François Morency. À la télévision, Bernard Derome annonce l’élection du gouvernement péquiste, ce qui ne fait pas du tout l’affaire du paternel, incarné par Morency lui-même. Le petit François révise ses leçons avec une répartie vive, qui laisse deviner le futur humoriste qui sommeille en lui. Le petit comédien qui rend les répliques est excellent. Un très, très bon départ, qui de surcroît démontre toute l’affection que François Morency porte à ses parents, mariés depuis 62 ans. Le fils leur tend également un beau clin d’œil en guise de finale. Ainsi, au-delà de la peur, Furieusement calme se commence et se termine avec une valeur fondamentale : la famille.

La peur se dessine sous plusieurs formes dans le monde de François Morency : les médias et leurs titres parfois douteux («Marois est ouverte, Couillard s’enfonce»), les chiffres qui, inévitablement, causent toujours des inconforts (âge, poids, salaire), les enfants (et la panoplie d’inquiétudes qui animent leurs parents), l’alcool et ses effets pervers (qui peuvent entraîner une femme d’âge mûr à avoir des comportements enfantins), le dentiste, les aéroports, la foudre. Pour illustrer le stress ressenti lors d’une entrevue pour un emploi, François Morency simule un entretien d’embauche où les bonnes et les mauvaises réponses sont indiquées par une clochette et un buzzer. Un véritable ping-pong verbal, pas hilarant, mais cocasse. Autre procédé intéressant, montrer sous un angle sombre des photos de visages habituellement rassurants, comme Charles Tisseyre ou Grand-Papa Bi, pour souligner l’ampleur de nos préjugés, parfois tenaces.

Prière et biscuits chinois

C’est toutefois quand il s’éloigne un peu de cette trame de fond qu’est la peur que Morency frappe le plus fort. Il évoque son impatience d’atteindre l’âge vénérable de 85 ans – qui procure une «carte VIP pour créer des malaises» - et raconte comment se déroulera sa première journée de mi-octogénaire. Clamant ne pas être croyant, il adresse une prière à Dieu, un segment très amusant. «C’est un peu gênant de parler à quelqu’un qui sait tout. Vous êtes comme Gregory Charles!», lance-t-il au début de son recueillement. En plus de proposer à Dieu de changer l’appellation des 10 commandements par «10 suggestions», il conseille d’accoler le titre Fifty Shades of Bible pour rendre le livre saint un peu plus populaire.

Parmi les autres numéros très réussis, mentionnons la lecture de petites perles relevées dans les descriptions de personnes sur les sites web de rencontres amoureuses. Du déjà-vu, mais François Morency livre avec aplomb et ironie, et il vise dans le mille. Jouant les grands penseurs, il écrit devant son parterre des pensées de biscuits chinois, dont certaines sont inspirées et d’autres, moins : «Si les oiseaux buvaient du Windex, nos chars seraient plus propres»; «Un chinois allergique aux noix a-t-il quand même les yeux en amandes?» ou encore «Quand un cannibale est à la diète, il mange seulement des nains.»

Pour dépeindre à quel point nos yeux sont désormais dépendants des écrans de toutes sortes, François Morency laisse à un moment toute la place à des gags projetés derrière lui et défilant à grande vitesse. Très efficace. On a notamment droit à des «Séparés à la naissance»; aviez-vous déjà remarqué les ressemblances entre René Simard et Justin Trudeau, et Ariane Moffatt et… Pruneau?

Le comique interagit aussi avec les spectateurs et prouve qu’il sait improviser avec une portion «hommage», dans laquelle il demande à des gens de se lever pour que la foule leur crie de gentils mots. Un peu long, mais encore là, la capacité de Morency d’attraper toutes les balles au bond empêche la sauce de se gâcher.

Furieusement calme sera présenté en supplémentaire au Théâtre Maisonneuve le 7 juin prochain. D’ici là, des arrêts sont à l’horaire dans plusieurs villes. Pour connaître toutes les dates de la tournée, cliquez ici.

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