NOUVELLES

France: le sort d'un tétraplégique français au centre d'interrogations sur l'euthanasie

13/02/2014 05:02 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Maintien ou non en vie ? Le sort d'un tétraplégique de 38 ans, en état végétatif chronique, se joue jeudi en France sur fond de débat sociétal sur l'euthanasie qui apparaît sans fin alors que d'autres pays, comme la Belgique, se montrent plus entreprenants.

Saisie par les médecins et l'épouse de Vincent Lambert, qui réclament - au contraire de ses parents - que ses soins soient arrêtés, le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative française s'est réunie dans la matinée pour examiner ce dossier.

Il s'agit d'une affaire "hors norme", a résumé devant les 17 juges du Conseil d'Etat le rapporteur public, Rémi Keller, en réclamant une nouvelle expertise médicale dans un délai de "six semaines".

Si le Conseil d'Etat suit cette recommandation, sa décision, au terme d'un délai de réflexion qui peut durer plusieurs jours, en serait d'autant repoussée.

Lors de son audience qui est publique, le Conseil d'Etat devait entendre l'épouse de Vincent Lambert, Rachel, son neveu, François, l'Hôpital de Reims (est) où il est soigné depuis un accident de voiture en 2008, et ses parents.

Ces derniers, par conviction religieuse, s'opposent à un arrêt de l'alimentation et de l'hydratation artificiellement de leur fils. Ils avaient obtenu d'un tribunal administratif le 16 janvier le maintien en vie de Vincent Lambert, décision qui fait l'objet du pourvoi aujourd'hui devant le Conseil d'Etat.

Cloué sur son lit d'hôpital en état végétatif chronique depuis cinq ans, la vie suspendue aux sondes de nutrition artificielle, Vincent Lambert, un infirmier psychiatrique, est devenu l'otage inconscient d'un débat devenu national. Au quatrième étage de l'hôpital, sa porte est désormais verrouillée et une caméra surveille le passage des visiteurs.

"Avec le temps on l'a vu se dégrader, ses muscles atrophiés déforment son corps, il est souvent pris de rictus, il crie quelquefois". Pour sa soeur Marie, "c'est déjà un mort-vivant alors à quoi bon!"

- Suisse et Belgique en pointe -

Selon le docteur Eric Kariger qui dirige le service de soins palliatifs de l'hôpital de Reims, Vincent Lambert "souffre de lésions cérébrales irréversibles". "Aucune communication même sommaire n'a jamais pu être établie avec lui". "Il peut avoir des manifestations sensorielles comme des larmes ou des sourires, mais c'est de l'ordre de la mémoire émotive", précise le médecin. "Il n'a pas conscience de son corps".

Pour ses parents au contraire, leur fils "est présent" et veut vivre. A Noël, "on lui a demandé s'il était content, il a fermé intensément les yeux", a raconté sa mère lors de la première audience du Conseil d'Etat.

Le monde médical français redoute une éventuelle confirmation par le Conseil d'Etat de la décision du tribunal administratif. Il craint qu'elle modifie les pratiques médicales et conduise à un retour de l'acharnement thérapeutique en France.

Le président socialiste français, François Hollande, a réaffirmé à la mi-janvier sa volonté de voir adopter une loi permettant à une personne atteinte d'une maladie incurable de demander une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité".

Ce projet se heurte toutefois à une opposition vive des milieux conservateurs en France, qui ont retrouvé récemment de la voix à l'occasion de réformes visant la famille.

Une loi en 2005 a instauré en France un droit au "laisser mourir", qui favorise les soins palliatifs. Elle autorise des traitements anti-douleur permettant de soulager la souffrance, avec pour "effet secondaire d'abréger la vie" d'un malade en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable".

Plusieurs pays européens ont déjà été beaucoup plus loin en adoptant des législations autorisant certaines formes d'assistance à la mort.

La Suisse est un des rares pays à avoir légalisé le suicide assisté (la personne prend elle-même la dose mortelle). L'euthanasie active indirecte (le fait de donner des substances pour réduire la souffrance avec comme effets secondaires possible la mort), et l'euthanasie passive (interruption du dispositif médical de maintien en vie) y sont autorisées.

En Belgique, les députés devaient adopter jeudi soir une proposition controversée d'étendre l'euthanasie aux mineurs. Ses partisans soulignent qu'elle renforcera les droits des enfants. Ses opposants dénoncent une décision "précipitée".

pau/ial/prh/ros

PLUS:hp