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Déclarer la guerre aux "anti-balaka", c'est déclarer la guerre aux Centrafricains (chef milicien)

13/02/2014 09:49 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Le "chef d'état-major" autoproclamé des miliciens centrafricains anti-balaka, Richard Bejouane, a mis en garde jeudi à Bangui contre toute offensive les visant qui équivaudrait à "déclarer la guerre à la population centrafricaine".

"Déclarer la guerre aux anti-balaka, c'est déclarer la guerre à la population centrafricaine", a affirmé M. Bejouane devant plusieurs centaines de membres de cette milice, majoritairement chrétienne et accusée de nombreuses exactions à l'encontre des populations musulmanes.

Cette déclaration intervient au lendemain de propos virulents de la présidente de transition Catherine Samba Panza, qui a menacé d'"aller en guerre" contre les "anti-balaka" qu'elle a accusés d'"avoir perdu le sens de leur mission".

Plusieurs chefs militaires des anti-balaka étaient présents lors d'un rassemblement dans leur fief de Boy Rabe, quartier nord de Bangui, et ils se sont tous dits prêts à être "cantonnés et désarmés", tout comme l'ont été les ex-rebelles de la Séléka. Mais les forces internationales en Centrafrique ont exclu d'intégrer les anti-balaka au processus de DDR (Désarmement, démobilisation, réinsertion) prévu pour les Séléka.

"Nous sommes prêts à être cantonnés", a affirmé M. Bejouane, qui a assuré avoir "les listes des +anti-balaka+", qui seraient 52.000 selon leurs dires, dont 12.000 à Bangui.

En début de semaine, Patrice Edouard Ngaissona, qui se présente comme le "coordonnateur politique" des anti-balaka avait, dans un entretien à l'AFP, évalué leur nombre à 70.000, dont plus de la moitié à Bangui. Ces estimations sont jugées "farfelues" par des sources militaires.

Apparus comme des milices luttant contre la rébellion Séléka, à dominante musulmane, qui avait pris le pouvoir en mars 2013 et qui persécutait la communauté chrétienne, les anti-balaka ont rapidement semé la terreur dans Bangui et en province.

Après le départ du président Michel Djotodia, contraint à la démission le 10 janvier, et le désarmement et le cantonnement des éléments de la Séléka mené par les soldats français de l'opération Sangaris, les anti-balaka s'en sont pris systématiquement aux civils musulmans, multipliant lynchages et pillages.

"Les +anti-balaka+ ne sont pas des voyous, pas des bandits", s'est défendu avec force le "commandant 12 puissances", débarrassé pour l'occasion de ses colliers fétiches et grigris, et même des épingles à nourrice qui ornaient jusqu'ici sa coiffure.

"Les +anti-balaka+ sont des combattants de la paix, Nous sommes engagés volontaires pour notre pays et aujourd'hui, on veut nous traiter de salauds ce n'est pas normal !". "Moral ?", interroge "12 puissances". "Haut !", répond la foule.

"La vengeance n'est pas anti-balaka, tuer n'est pas anti-balaka", martèle à son tour Emotion Brice Namsio, un ancien douanier devenu porte-parole du mouvement, vêtu d'un treillis et arborant autour du cou une "carte d'identification" flambant neuf.

"La présidente doit avoir la sagesse de nous réunir tous dans un processus de paix", ajoute-t-il, assurant "ne pas croire à sa déclaration de guerre". "Notre +maman+ va se ressaisir", a-t-il jugé. "Elle peut se rattraper en nous cantonnant", a-t-il ajouté, assurant que "bientôt, tous les vrais anti-balaka seront dotés d'une carte d'identification" afin de permettre de les distinguer des "voyous" et des "braqueurs".

"Ces braves ont fait 500 ou 800 km pour chasser Djotodia et ses mercenaires et on ne reconnaît pas leurs efforts ! Les Séléka, eux, sont cantonnés, on leur a laissé leurs armes (une chacun, NDLR) et on leur donne à manger! Et nous, on voudrait qu'on rende nos armes et qu'on rentre chez nous sans rien !" s'indigne-t-il.

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