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Charbonneau: un dirigeant syndical qui veut empêcher la vente d'une entreprise

13/02/2014 01:20 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - La procureure chef de la Commission Charbonneau, Sonia LeBel, a tenté de démontrer, jeudi, que si le dirigeant syndical Gérard Cyr avait cherché à empêcher l'achat de Ganotec par une entreprise américaine, c'est parce qu'il craignait de perdre les ristournes qu'il touchait sur des contrats de Ganotec.

Le témoin Eugène Arsenault, conseiller en relations de travail chez Ganotec, a confirmé en bonne partie le témoignage de Serge Larouche, entendu juste avant lui, qui était pdg de Ganotec.

M. Larouche avait raconté que l'entreprise a versé de 1998 à 2006 quelque 1,2 million $ au gérant d'affaires de la section locale 144 des tuyauteurs, affiliée au Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (international). La somme globale constituait en fait une quote-part de 0,5 pour cent des contrats obtenus par Ganotec auprès de Shell et Pétro-Canada.

Or, quand Ganotec a été vendue à l'américaine Kiewit, le dirigeant syndical s'est mêlé du dossier, tentant d'empêcher la transaction. M. Cyr est même allé jusqu'à rencontrer des actionnaires de Ganotec _ aussi membres de sa section locale 144 _ dans ce contexte. Mais l'entreprise a finalement été vendue à Kiewit en 2007.

«Est-ce que c'est une hypothèse plausible que M. Cyr ne voulait pas que la vente se fasse parce qu'il allait peut-être perdre sa vache à lait?» a demandé Me LeBel.

«C'est possible», a répondu M. Arsenault. Il a toutefois avancé une autre hypothèse, celle de l'amitié entre M. Cyr et Léopold Gagnon, le président de Ganotec.

Fait à noter, M. Gagnon était au départ enthousiasmé par l'idée de voir sa compagnie Ganotec achetée par Kiewit avant de subitement changer d'avis _ un changement de cap que M. Arsenault affirme n'avoir jamais compris.

M. Arsenault a confirmé que c'est en 2005 qu'il a appris de la bouche de M. Larouche que Ganotec avait versé des pots-de-vin au dirigeant syndical Cyr. «J'ai fait le saut», a-t-il dit. Il n'en a pas su davantage, car il ne tenait pas à savoir. «Juste digérer ça, c'était déjà beaucoup.»

Il a précisé qu'il n'en a pas non plus parlé à Léopold Gagnon, le président de Ganotec. «J'étais mal à l'aise. J'étais pas fier de ça. J'évitais d'en parler», a-t-il admis.

Les actionnaires ont bel et bien parlé entre eux de l'argent versé à M. Cyr, mais seulement lors de la vente à Kiewit.

M. Arsenault a indiqué qu'à une occasion, une «enveloppe» a même abouti sur son bureau. Il avait reçu un appel téléphonique d'un ami de Louis-Pierre Lafortune lui indiquant qu'il recevrait une enveloppe «à l'attention de Serge» Larouche. Louis-Pierre Lafortune, des Grues Guay et Fortier transfert, a facilité l'obtention d'argent comptant pour payer M. Cyr, avait affirmé M. Larouche.

«Je ne l'ai même pas ouverte. Rendu au bureau, j'ai demandé à quelqu'un de la mettre dans le coffre», a soutenu M. Arsenault.

«Ça ressemblait à de l'argent», a-t-il admis.

Après la vente de Ganotec à Kiewit, «il y a eu un changement d'attitude» et un changement de personnel, a rapporté M. Arsenault. Le concurrent de Ganotec, Gastier, une entreprise de Tony Accurso, a recruté plusieurs des bons employés de Ganotec.

Dans des extraits d'écoute électronique entendus à la commission, M. Arsenault rapporte à son ami Jocelyn Dupuis, ex-dg de la FTQ-Construction, que ses meilleurs ouvriers se seraient fait offrir un demi-million de dollars pour quitter Ganotec pour Gastier. M. Arsenault reproche à Tony Accurso de leur «garrocher de l'argent» pour les lui enlever.

Devant la commission, M. Arsenault a soutenu qu'il s'agissait là d'une figure de style et qu'il ignorait, en vérité, combien M. Accurso avait offert pour débaucher ses employés.

M. Arsenault a même offert un prêt sans intérêt de 180 000 $ à Louis Cyr, l'un de ses meilleurs employés et le leader de ceux qui ont quitté Ganotec pour Gastier. Mais Gastier s'est révélé plus séduisant et il a perdu plusieurs employés.

Interrogé par Me LeBel, il a affirmé qu'il était possible que ce maraudage et ces pertes d'emplois résultent du fait que Gérard Cyr se soit tourné vers Gastier, après que Ganotec eut été vendu à Kiewit.

La commission entendra un nouveau témoin lundi. Son identité n'a pas encore été révélée.

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