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République centrafricaine: Amnesty évoque un «nettoyage ethnique»

12/02/2014 08:46 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

DAKAR, Sénégal - L'exode de dizaines de milliers de musulmans qui choisissent de fuir la République centrafricaine est comparable à un «nettoyage ethnique», a affirmé mercredi Amnesty International avant de prévenir que les affrontements sectaires qui se poursuivent malgré la présence de soldats étrangers représentent une «tragédie aux proportions historiques».

Le rapport présenté mercredi survient au moment où le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'inquiète de voir le pays être ultimement divisé entre un nord musulman et un sud chrétien, «puisque la brutalité sectaire est en train de modifier la géographie du pays».

«Nous ne pouvons pas simplement continuer à dire 'plus jamais'. Nous l'avons déjà dit si souvent, a dit M. Ban en fin de journée, mardi. Nous devons agir de manière concertée et immédiate pour éviter des atrocités de grande ampleur.»

Plus de 1000 personnes ont été tuées depuis que la violence a fait éruption en décembre. Près d'un million des 4,6 millions d'habitants du pays ont fui leurs résidences.

La minorité musulmane, qui représente environ 15 pour cent de la population, est de plus en plus ciblée non seulement par les milices chrétiennes, mais aussi par des foules en colère qui commettent des meurtres pratiquement chaque jour depuis quelques semaines. Les victimes musulmanes sont fréquemment mutilées et parfois traînées dans les rues et brûlées.

Les forces onusiennes et françaises préviennent depuis des mois qu'un génocide est possible en République centrafricaine. La mention de «nettoyage ethnique» par Amnesty compte parmi les descriptions les plus musclées jamais faites du conflit centrafricain.

Amnesty International estime que l'utilisation du terme est approprié, «compte tenu du niveau de violence et des déplacements forcés de population qui se produisent», a dit Joanne Mariner, la conseillère principale de l'organisation à Bangui.

«L'exode des musulmans de République centrafricaine est une tragédie aux proportions historiques. La tendance actuelle au nettoyage ethnique cause un tort énorme à la République centrafricaine, en plus de créer un précédent horrible pour d'autres pays de la région, dont plusieurs sont déjà aux prises avec leurs propres conflits sectaires ou interethniques», peut-on lire dans le rapport.

Certaines des victimes musulmanes ont été tuées en tentant de rejoindre le Tchad ou le Cameroun. Au moins 20 musulmans ont été tués le mois dernier quand ils ont tenté de fuir la ville de Bouar.

«Les multiples meurtres de civils, les destructions de maisons, de commerces et de mosquées, et les autres méthodes utilisées par les (milices chrétiennes) pour 'nettoyer ethniquement' la République centrafricaine de sa population musulmane constituent des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre», a prévenu Amnesty.

L'organisation new-yorkaise de défense des droits de la personne Human Rights Watch y est allée d'un avertissement similaire mercredi, quand elle a révélé qu'on ne retrouve plus dans la ville de Yaloke qu'une seule mosquée et 500 musulmans protégés par des soldats français, comparativement à huit mosquées et 30 000 musulmans auparavant.

«Que les leaders (des milices) poursuivent ou non une politique intentionnelle de nettoyage ethnique ou s'ils y vont de représailles exagérées à l'endroit de la population musulmane, le résultat final est clair: la disparition de communautés musulmanes anciennes, a dit le directeur des urgences pour HRW, Peter Bouckaert. Je ne sais pas si je parlerais de 'nettoyage ethnique', mais il est clair qu'une situation qui n'était pas entièrement religieuse au départ le devient de plus en plus.»

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