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<em>Méchants patrons!</em> : Michel Coulombe livre une satire des travailleurs autonomes et de leurs supérieurs

12/02/2014 12:19 EST | Actualisé 12/02/2014 12:19 EST
S. Scott

Chroniqueur cinéma à la télévision et à la radio, coauteur du Dictionnaire du cinéma québécois et auteur de livres consacrés aux cinéastes Denys Arcand, Gilles Carle et Jean Beaudin, Michel Coulombe offre au public son tout premier roman, un condensé de sarcasme et d’ironie sur les hauts et les bas du travail à la pige.

D’entrée de jeu, le nouvel écrivain affirme que ce premier roman n’a rien d’un rêve qu’il chérissait en silence depuis 30 ans. «Il faut se sentir prêt pour ce genre de choses et je suis plutôt lent. Il fallait que j’aille l’impression d’avoir quelque chose à dire. Le désir est né il y a deux ou trois ans.»

Avec une première version de son manuscrit en mains, il a approché un éditeur pour s’assurer que son projet puisse être publié. «J’avais besoin d’accompagnement, de concret, de cadre et d’échéanciers. Ça me bouscule, me force à réfléchir et à avancer. Dans mon quartier, le Mile-End, je vois plusieurs gens assis dans les cafés à écrire des scénarios qui ne seront jamais portés à l’écran ou des romans qu’ils ne finiront jamais. Je ne tenais pas à être de ces personnes…»

Au cœur de Méchants patrons!, les lecteurs découvriront une série de soirées où des amis se réunissent pour se vider le cœur au sujet des embûches du métier et des patrons. «Lors de certains soupers d’amis pigistes, je remarquais qu’on se livrait presque un concours de qui a le pire employeur. Quand le signal était lancé, tout le monde avait quelque chose à raconter, et on donnait dans la surenchère : six mois sans être payé, des promesses de contrat en l’air, des périodes folles de travail, un patron insupportable, etc. Je trouvais que c’était une façon amusante de présenter le milieu des travailleurs autonomes dont on parle peu dans les romans, mais qui est une réalité pour plusieurs.»

Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre du livre, ce ne sont pas seulement les patrons qui sont visés par la plume de Michel Coulombe, mais bien un univers en entier : journalistes, gestionnaires d’image, rédacteurs de discours, traducteurs. Il y est question à la fois de gestionnaires possédant le talent de ne rien faire, de patrons aux réflexes maternels ou des collègues qui savent toujours devant qui se courber, à quel moment changer de camp et comment se mettre en valeur à tout moment.

L’aventure littéraire n’a rien d’une histoire de comptes à régler, mais l’auteur ne s’est pas gêné pour s’exprimer sur un tas de sujets. «Certains se protègent en racontant seulement des choses gentilles, moi j’ai écrit un roman satirique. Je m’amuse. Je ne suis pas intéressé par la prudence. Quand on décide d’adopter un ton, il faut le maintenir jusqu’à la fin. Le sarcasme et l’humour sont des moyens d’épingler les choses et de révéler certains travers de la société.»

À la fois pigiste et patron, Michel Coulombe a dirigé l’Association des cinémas parallèles et le Rendez-vous du cinéma québécois, en plus de réaliser ses chroniques dans les médias à travers les années. Une carrière de piges et de contrats renouvelés qui l’a poussé à découvrir et à apprécier le mode de vie du travailleur autonome.

«À mon arrivée dans le monde du travail dans les années 80, le marché a fait de moi un pigiste. Mais avec le temps, même quand la situation m’apparaissait plus stable, je ne fermais pas toutes les portes. Je me disais "ils [les employeurs] ne sont pas fidèles, alors pourquoi je le serais?". J’ai toujours eu raison à ce sujet. À un moment donné, ça fait partie de notre ADN. La pige procure une sorte de liberté. Et je n’ai jamais aimé l’idée d’être lié à une seule fonction.»

Passionné du 7e art et conseiller à la scénarisation, Michel Coulombe explique avoir mis de côté ses connaissances en écriture cinématographique pour rédiger son roman. «La scénarisation est une écriture tellement organisée, avec des points de bascules et des actes. Elle commande presque toujours un personnage principal qui mène l’histoire. À l’inverse, mon roman se concentre sur le groupe d’amis et son évolution, avec quelque chose d’un peu diffus. C’est un enchaînement d’histoires qui s’entrecroisent.»

Il souligne toutefois que son prochain roman possèdera une forme assez proche de la structure cinématographique. Volontairement discret sur ce projet, l’auteur le décrit comme un «roman à vélo» qu’il espère livrer l’an prochain.

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