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La Turquie à nouveau épinglée par les ONG de défense de la presse

12/02/2014 10:26 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

La Turquie est restée en 2013 l'une des principales "prisons" de journalistes de la planète et un des pays les plus répressifs en matière de respect de la liberté de la presse, ont conclu mercredi deux ONG dans leurs rapports annuels.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a classé Ankara pour la deuxième année consécutive au premier rang des "emprisonneurs" de journalistes en recensant encore fin 2013 40 reporters derrière les barreaux, contre 49 au 1er décembre 2012, toujours devant l'Iran (35) et la Chine (32).

La plupart de ces journalistes sont détenus en vertu d'une loi antiterroriste pour leur soutien supposé à la cause kurde, a noté le CPJ.

"Ces dernières années, la Turquie est passée du rang de puissance régionale suscitant des espoirs à celui de pays source d'inquiétude, caractérisé par une réduction de l'espace ouvert à la libre expression", a commenté la responsable de l'organisation pour la zone Europe-Asie centrale, Nina Ognianova.

De son côté, Reporters sans Frontières (RSF) a classé la Turquie à la 154e position sur 180 de son indice mondial de la liberté de la presse, derrière l'Afghanistan et l'Iran.

Comme le CPJ, RSF a notamment dénoncé dans son rapport la vague de répression qui s'est abattue sur la profession dans la foulée de la vague sans précédent de manifestations antigouvernementales qui ont secoué le pays en juin 2013.

"La révolte dite du parc Gezi a souligné les méthodes répressives utilisées par les forces de sécurité, l'augmentation des réflexes d'autocensure et les dangers du discours populiste du Premier ministre" Recep Tayyip Erdogan, a déploré RSF, "2014 se présente comme une année décisive pour l'avenir des libertés civiles en Turquie".

La publication de ces rapports intervient alors que le gouvernement turc est éclaboussé par un scandale de corruption sans précédent et en pleine polémique provoquée par une nouvelle loi sur internet jugée "liberticide" et les nombreuses interventions du pouvoir sur les médias pour étouffer cette affaire.

Lundi soir, le rédacteur en chef du quotidien turc Habertürk, Fatih Altayli, a déploré à la télévision que "la dignité du journalisme soit foulée aux pieds" dans son pays et évoqué le climat de "peur" suscité par les "instructions" du pouvoir.

M. Erdogan a reconnu sans fard mardi soir avoir téléphoné à une télévision en juin 2013 pour se plaindre des "insultes" qui y avaient été proférées. "Nous devons donner ces leçons", a-t-il estimé devant la presse.

pa/ml

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