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Houda-Pepin dit que Couillard a défini seul la position du parti sur la laïcité

12/02/2014 01:22 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

QUÉBEC - La députée indépendante de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, soutient que la position adoptée par les libéraux sur la neutralité religieuse de l'État a été définie uniquement par le chef, Philippe Couillard, sans aucune consultation préalable de ses députés.

L'ancienne députée libérale a finalement déposé en Chambre, mercredi, le projet de loi de lutte à l'intégrisme qu'elle avait tenté en vain de présenter à ses anciens collègues libéraux et sur lequel elle travaillait depuis quelques années.

Désormais hors du caucus libéral, dont elle a fait partie pendant 20 ans jusqu'à janvier dernier, Mme Houda-Pepin a retrouvé sa liberté de parole. Elle en a profité pour rendre publique sa position, en conférence de presse, tout en traçant un portrait peu flatteur de M. Couillard, qu'elle a décrit comme un menteur, un chef solitaire préférant prendre ses décisions en vase clos et ayant manqué d'élégance à son égard.

«Je n'ai jamais pensé que je pourrais être traitée de la sorte au Parti libéral du Québec», a dit Mme Houda-Pepin, au bord des larmes.

Elle affirme que la position libérale sur le port des signes religieux par les employés de l'État a été annoncée publiquement par M. Couillard, à la fin août, à Rivière-du-Loup, sans que les députés en aient été informés à l'avance, ni consultés d'aucune façon. Il avait dit alors en point de presse s'opposer à toute forme d'interdiction de porter des signes religieux.

Au caucus libéral, «on n'a jamais eu de débat sur cette question-là des signes religieux avant que M. Couillard se prononce», déplore la seule femme députée musulmane de l'Assemblée nationale.

Au cours des derniers mois, après avoir affirmé publiquement en novembre qu'elle ne pouvait pas partager la position du parti sur cette question, elle dit avoir eu plusieurs échanges en privé avec M. Couillard et «on m'a menti», conclut-elle, quant à la possibilité évoquée par son chef d'alors de revoir la décision en tenant compte de ses objections.

«Le problème avec M. Couillard, c'est qu'il vous dit blanc aujourd'hui et vous dit noir demain, et pour lui c'est normal», a-t-elle soutenu.

Sur la question controversée des signes religieux ostentatoires, elle plaide, contrairement aux libéraux, pour l'interdiction aux personnes incarnant l'autorité coercitive de l'État: juges, policiers, procureurs et agents correctionnels. Elle trouve donc que la charte de la laïcité du gouvernement va trop loin, en cherchant à interdire les signes religieux à tous les employés de l'État sans exception.

Son projet de loi 491 ratisse très large. Comme les libéraux n'étaient pas intéressés, la députée de La Pinière se tourne maintenant vers les autres partis pour mousser son projet. Elle a donc offert aux caucus du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire de leur présenter et de leur expliquer la démarche qu'il sous-tend. Les trois caucus ont accepté de l'entendre au cours des prochains jours.

«Je suis ouvert à toutes les bonnes idées. Et si Mme Houda-Pepin a de bonnes idées pour améliorer le projet de charte, on ne va sûrement pas s'en priver», a commenté le ministre responsable de la charte de la laïcité, Bernard Drainville. Il considère que la députée «n'a pas eu d'écoute au sein du caucus libéral, elle va avoir de l'écoute au sein du caucus du Parti québécois».

Le projet de loi 491 vise d'abord à proclamer que l’État est neutre sur le plan religieux.

Il obligerait les employés de l'État à faire preuve de neutralité dans l'exercice de leurs fonctions et leur interdirait de porter le tchador, le niqab ou la burqa.

Tous les services de l’État devraient être donnés et reçus à visage découvert.

Le projet de loi vise aussi à interdire les mariages forcés. Nul ne pourrait célébrer un mariage religieux à moins qu’il ne respecte l’âge légal du mariage, l’égalité juridique des époux et leur libre consentement. La pratique de la polygamie - qui existe au Québec, selon elle - serait formellement interdite.

La loi interdirait explicitement les mutilations génitales féminines, comme l’excision.

Le gouvernement devrait par ailleurs créer un Centre de recherche-action chargé de mener des recherches visant à identifier et documenter les manifestations d’intégrisme religieux. «Il y a un déficit de connaissance qu'il faut absolument combler», selon elle, pour mieux s'attaquer aux organisations intégristes.

La députée définit l'intégrisme religieux comme étant «une idéologie politique qui tend à imposer aux individus, à la société et à l’État des pratiques et des valeurs issues d’une interprétation radicale des religions, notamment les discours portant atteinte au droit à l’égalité entre les femmes et les hommes et incitant à la discrimination et à la violence ainsi que la propagande haineuse appelant à la légitimation du crime en vue de saper les bases de la démocratie et les droits de la personne».

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