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GB/inondations : Londres espère être épargné par la Tamise

12/02/2014 08:53 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

La Tamise est sortie de son lit en amont de la capitale mais les autorités espèrent que les gigantesques travaux effectués pour domestiquer ce fleuve permettront d'épargner aux Londoniens le sort des habitants du sud de l'Angleterre.

"D'habitude, elle s'écoule doucement et paisiblement. Mais en cas de crue hivernale importante, elle se transforme en bête rugissante", souligne Hannah Cloke, professeur en hydrologie à l'Université de Reading, en parlant de la Tamise, aujourd'hui en crue jusqu'aux portes de Londres.

Deuxième fleuve du Royaume-Uni derrière le Severn, la Tamise est le plus connu, ne serait-ce que parce qu'il traverse la capitale avant d'aller se jeter dans la mer du Nord, 345 kilomètres après avoir pris sa source à Thames Head dans le Gloucestershire.

Paisible en temps normal, le fleuve est pourtant familier des inondations. En 1953, un raz-de-marée ayant frappé son embouchure a fait plus de 300 morts et mis en exergue l'impératif d'une protection plus efficace.

Cela a débouché sur la construction moyennant une dépense de 643 millions d'euros de la Barrière de la Tamise, un système d'écluses positionné en aval, c'est-à-dire à l'est de Londres, à un endroit où le fleuve a une largeur supérieure à 520 mètre.

Depuis 1984, date de l'inauguration officielle de la barrière, dix gigantesques portes en acier permettent, en cas de fermeture, d'empêcher une inondation par la mer, tout en laissant écouler l'eau qui arrive de Londres.

Son édification a été accompagnée par un ambitieux système de digues qui fait dire aujourd'hui à Toby Willison, directeur régional à l'Agence pour l'Environnement, que "Londres est l'une des capitales les mieux protégées du monde".

Sans ces protections, environ le quart des habitations de la capitale seraient inondables.

Si Toby Willison écarte cette hypothèse aujourd'hui, il convient que le système de défense est mis à rude épreuve avec des précipitations inédites depuis 1766 dans le sud-ouest de l'Angleterre.

La barrière de la Tamise a déjà été fermée à 28 reprises depuis le début de l'année pour permettre aux Londoniens de garder les pieds au sec. Mais sans empêcher le fleuve de déborder à l'ouest de Londres où des villages comme Wraysbury, situé juste à côté de l'aéroport d'Heathrow, sont sous l'eau depuis mardi.

"On peut toujours faire plus mais il faut replacer les choses dans leur contexte. On sort du mois de janvier le plus humide qu'on ait jamais enregistré et il est probable que la période décembre-janvier-février soit la plus pluvieuse en 250 ans", souligne Toby Willison.

"Comme on a été plutôt préservé dans les années 60, 70, 80 et 90, ajoute Hannah Cloke, on a construit un grand nombre de maisons le long de la Tamise en oubliant qu'elle traversait des plaines inondables sur une grande partie de son cours. Ces inondations, il fallait s'y attendre et on devrait y être préparé."

Reste que la colère monte à Wraysbury. "On nous a sacrifiés au profit de Maidenhead et de Windsor", déplore une des habitantes, Su Borrows, qui estime que son village est confronté à la pire inondation depuis 1947 uniquement parce qu'il s'agit de "sauver les grandes villes".

Pour illustrer son propos, elle montre du doigt la Jubilee River. Cette rivière artificielle creusée en 2002 pour dévier une partie du cours de la Tamise et mettre ainsi à l'abri des endroits comme Windsor, où se trouve l'une des résidences de la reine Elizabeth II, et Eton, site de l'école la plus élitiste du pays.

Ses propos font écho à ceux qui avaient valu une pluie de critiques à Chris Smith, le patron de l'Agence pour l'Environnement. Dans une interview, il avait déclaré qu'il fallait choisir de protéger soit les villes, soit la campagne, car cela aurait été trop onéreux d'opter pour l'ensemble.

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