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Denis Côté en mode expérimental à la Berlinale

12/02/2014 10:13 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Le cinéaste québécois Denis Côté est de retour à Berlin après y avoir remporté l'Ours d'Argent l'an dernier pour son film Vic + Flo ont vu un ours. Cette année, le prestigieux festival présente Que ta joie demeure, une oeuvre poétique et contemplative. Tanya Lapointe s'est entretenue avec le cinéaste.

TL: Que ta joie demeure porte un regard sur le travail et même du travail à la chaîne. Est-ce qu'on vous demande si vous vous êtes inspiré du film Les temps modernes de Charlie Chaplin?
DC: J'en ai entendu de toutes les sortes dans les derniers jours. On m'a parlé de Chaplin, mais aussi de Berlin, symphonie d'une grande ville [de Walter Ruttmann] et de L'homme à la caméra de Dziga Vertov.

Il n'y avait pas de référence directe à ces films. Je voulais m'attaquer au thème du travail, mais d'un point de vue plutôt abstrait; regarder ça de manière complètement oblique. J'espère qu'il y a une sorte de poésie qui sort de ça. C'est plutôt un terrain expérimental dans lequel je farfouille.

TL: Dans la première partie du film, on observe pendant de longues minutes des machines, leur mécanisme, leur mouvement, les sons qu'ils émettent. Jusqu'à quel point c'est du documentaire?
DC: C'était très tentant de faire tout un film comme ça, mais à un moment donné, il faut aussi se rapprocher des humains. Je ne voulais faire ni un documentaire, ni une fiction. Je ne déteste pas utiliser le mot allégorie. J'espérais accrocher les gens avec un peu d'humour, un peu de fiction. Je ne voulais surtout pas faire un film militant. C'est-à-dire que ce n'est pas une fable anti-capitaliste. On ne démonise pas les patrons, on n'héroïse par les ouvriers.

TL: Les acteurs surviennent tard dans le film et nous prennent par surprise.

DC: Leur jeu est très stylisé. On a découvert en montant le film que ça ressemblait à une journée de travail normale. Il y a le monologue du début qui ressemble aux consignes d'une patronne, qui est suivi de 40 minutes de travail à répétition. Ce qui peut parfois faire mal. À la fin du film arrive la fiction, où les employés se plaignent de leur journée.

TL: Difficile d'imaginer Denis Côté dans un travail monotone dans un horaire de 9 à 5.
DC: Justement, c'est un film qui est né du fait que je me posais des questions. Quand ça fait 10 ans que t'es artiste que tu fais ton argent en étant juste cinéaste, il arrive que tu te couches et que tu te demandes, c'était quoi ta journée. Tu te demandes: « Est-ce que j'ai servi à quelque chose aujourd'hui »?

C'était l'étincelle du projet et comme j'ai beaucoup d'amis qui travaillent, ils me racontent leur quotidien et je trouve que leurs journées sont concrètes. Les miennes ne le sont pas. Elles sont remplies, mais pas de la même manière.

Je suis donc allé dans une zone que je ne connaîtrai jamais. Et ce sera vu par des gens qui n'ont pas ce genre de travail. C'est fait par et pour des gens que cet univers-là ne concerne pas. Donc, il faut se garder une petite gêne et il ne faut pas être condescendant. Ce film est un objet très artistique.

TL: On dirait que tu mets des gants blancs pour en parler?
DC: Je suis humble par rapport à mes sujets parce que dans mes films j'aborde des sujets que je ne connais pas, comme deux lesbiennes en amour dans Vic + Flo ont vu un ours. Ce qui fait que mon sens de l'émerveillement est plus pur.

TL: Qu'est-ce qui explique ton retour année après année à la Berlinale?
DC: Le monde des festivals, c'est une communauté. Au début, c'est la qualité de nos films qui ouvrent les portes. Plus tard, c'est comme dans la vraie vie. Les amis invitent les amis à souper. Si Que ta joie demeure était mon premier film, je ne serais peut-être pas ici. J'accepte l'étiquette du gars des festivals. Ça me va maintenant.

TL: Et pourquoi avoir choisi ce titre?
DC: C'est que je savais que je voulais utiliser la pièce Jésus que ma joie demeure de Bach. C'est une de ses cantates. J'ai changé le « ma » par « ta » mais en anglais, je l'ai gardé tel quel Joy of man's desire.

La bande-annonce de Que ta joie demeure :

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