NOUVELLES

Bahreïn: l'opposition se mobilise pour commémorer le soulèvement

12/02/2014 04:02 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

L'opposition chiite à Bahreïn a appelé à marquer par des protestations le troisième anniversaire du soulèvement réprimé par la force dans ce petit pays du Golfe, où l'impasse politique est totale.

Misant sur l'exaspération de la communauté chiite, majoritaire dans le pays dirigé par la dynastie sunnite des Al-Khalifa, le puissant mouvement Al-Wefaq a appelé la population à bouder l'administration et à boycotter les commerces jeudi.

Il a également appelé à un grand rassemblement samedi près des villages chiites de la capitale, Manama.

Al-Wefaq appelle à "des actions symboliques pour protester contre la détérioration de la situation", a déclaré à l'AFP le chef de la formation chiite, cheikh Ali Salmane.

Pour sa part, le Collectif du 14 février, un groupe radical, a appelé à une marche vendredi à Manama en direction de la place de la Perle, symbole du soulèvement et dont le monument central a été rasé par le gouvernement.

Ce collectif clandestin anime la contestation quasi-quotidienne dans les villages chiites entourant la capitale, qui s'est radicalisée avec des attaques à l'explosif ayant tué l'an dernier deux policiers.

Depuis trois ans, le pouvoir s'est refusé à toute concession de fond, même s'il a formé une commission d'enquête indépendante qui avait reconnu un "usage excessif et injustifié de la force" lors de la répression en mars 2011 du soulèvement.

Le chef d'Al-Wefaq affirme "ne pas pouvoir être optimiste" sur les perspectives d'une sortie de crise dans ce petit royaume, seule monarchie du Golfe où les chiites sont majoritaires.

Le prince héritier Salmane Ben Hamad Al-Khalifa a reçu à la mi-janvier les différents acteurs politiques, y compris le Wefaq, pour relancer le dialogue national, dont deux précédents rounds depuis 2011 ont tourné court.

'Absence de volonté'

"Le dialogue a échoué en l'absence d'une volonté réelle du régime de trouver une solution politique à la crise", a déclaré cheikh Salmane. "La famille royale accapare tous les pouvoirs (...) et refuse de faire des concessions", a-t-il ajouté, accusant les autorités de chercher à "gagner du temps et à tromper la communauté internationale".

L'opposition a pourtant répondu à l'initiative du prince héritier en proposant une feuille de route réclamant "un Parlement à pleins pouvoirs législatifs" et "un gouvernement élu", outre la libération des "prisonniers d'opinion" et "la suspension des procès politiques".

Mais pour les autorités, le processus de concertation est plus large. "Il n'y a pas lieu de tenir un dialogue bilatéral entre le gouvernement et l'opposition", a déclaré à l'AFP la ministre d'Etat à l'Information, Samira Rajab.

"D'autres composantes de la société doivent être représentées au dialogue", a-t-elle ajouté en référence notamment aux sunnites pro-gouvernementaux.

Pour la politologue à l'institut français du Proche Orient(Ifpo), Claire Beaugrand, la dernière initiative du prince héritier, considéré comme un interlocuteur de l'Occident, "reflète surtout les divisions au sein du pouvoir bahreïni". "Ses chances de succès dépendent de ce rapport de force interne et des soutiens externes de chaque camp", ajoute-t-elle.

Selon des sources politiques, le clan des "durs" emmené par le Premier ministre, Khalifa ben Salman Al-Khalifa, résiste à tout compromis.

La méfiance est de mise, surtout après la brève arrestation en septembre du numéro deux du Wefaq, Khalil al-Marzouq, pour incitation à la violence, et la convocation fin décembre de cheikh Salmane au parquet où il a été interrogé pour "incitation à la haine confessionnelle".

Un mois plus tard, la justice a ordonné la dissolution du Conseil des oulémas, la plus haute autorité religieuse chiite, accusé d'activités politiques illégales.

Dans son rapport annuel publié en janvier, Human Rights Watch (HRW) a averti que les autorités bahreïnies ont "sérieusement sapé les perspectives d'une solution politique" dans le pays où des opposants "critiquant pacifiquement le gouvernement sont taxés de terrorisme et maintenus en prison".

'Rivalités régionales'

Les perspectives de règlement sont également handicapées par la rivalité régionale entre l'Arabie saoudite, soutien indéfectible de la dynastie sunnite, et l'Iran, accusé de soutenir les chiites de Bahreïn.

"Tant que Saoudiens et Iraniens ne s'entendent pas, le problème restera entier à Bahreïn", estime l'analyste koweïtien Ayed al-Mannaa. Il explique que les monarchies du Golfe "ne lâcheront jamais Bahreïn" où l'Iran "rêve de s'implanter pour en faire une tête de pont aux portes de l'Arabie saoudite", laquelle avait envoyé ses troupes à Bahreïn, qui réprimait la contestation en mars 2011.

"La polarisation régionale attise certes la crise à Bahreïn, mais elle est aussi un prétexte pour ne pas la résoudre", estime Claire Beaugrand.

tm/hj

PLUS:hp