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Agropur mise sur le fromage d'Oka pour contrer l'arrivée des produits européens

12/02/2014 02:19 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Agropur misera sur le fromage d'Oka pour fidéliser sa clientèle afin de minimiser les effets négatifs qui pourraient découler de l'arrivée progressive d'une plus grande quantité de fromages européens au Canada.

Les dirigeants de la coopérative laitière déplorent l'entente de principe conclue l'automne dernier entre le Canada et l'Union européenne (UE) pour un accord de libre-échange, mais affirment qu'ils devront composer avec cette nouvelle réalité.

Advenant une ratification de l'entente, le marché canadien accueillera 17 700 tonnes supplémentaires de fromages spécialisés européens qui ne seront pas assujetties à des droits de douanes au Canada.

Cette situation provoque l'ire des producteurs laitiers, qui craignent de ne plus être concurrentiels puisque le secteur laitier en Europe bénéficie de généreuses subventions gouvernementales.

«Le secteur des fromages fins au Canada est d'environ 100 000 tonnes, explique le chef de la direction de la coopérative Agropur, Robert Coalier. Il y a déjà 17 000 tonnes importées (d'Europe). À terme, l'importation va représenter 30 pour cent du marché canadien.»

En marge de l'assemblée annuelle d'Agropur, mercredi, à Montréal, M. Coalier a indiqué que la coopérative investissait 45 millions $ pour moderniser ses installations d'Oka.

«Nous ne pouvons plus nous contenter d'être bons, il faut être excellents», a-t-il dit.

Cette stratégie s'inscrit, selon lui, dans une volonté de créer un portefeuille de marques «encore plus fort» afin de s'assurer que les consommateurs ne soient pas tentés de se tourner vers d'autres marques européennes.

«Nous sommes en train de s'assurer que nous avons un outil industriel qui va être en mesure de nous permettre d'être concurrentiels», a expliqué M. Coalier.

«Il s'agit aussi de bâtir une masse critique. C'est dans cet esprit-là que nous avons procédé à l'acquisition de Damafro (qui fabrique des fromages au lait frais) à l'automne.»

Tout indique qu'Agropur a l'intention d'étendre sa stratégie à l'échelle nationale.

«Nous avons une notoriété importante au Québec pour Oka mais qui tombe de façon considérable quand on regarde le reste du Canada, a souligné M. Coalier. Il demeure néanmoins le fromage fin le plus connu au pays. Nous voulons vraiment conquérir davantage de (parts) de marché au Canada.»

Le chef de la direction de la coopérative n'a par ailleurs pas fermé la porte à une introduction du fromage d'Oka aux États-Unis, où la consommation de fromages fins est en constante progression.

Peu de détails

Même si l'entente de principe entre le Canada et l'UE remonte à l'automne, le secteur laitier a depuis reçu très peu de détails de la part des autorités du Québec et du Canada, estiment les dirigeants d'Agropur.

«Les questions demeurent entières sur l'allocation des quotas, sur la compensation à l'industrie et les autres accords commerciaux futurs», déplore le président de la coopérative laitière, Serge Riendeau.

Ce dernier estime qu'il y a eu des consultations «informelles» de la part de certains représentants fédéraux, mais qu'Agropur n'a pas fait partie du processus.

«Nous allons bientôt rencontrer des représentants du gouvernement du Québec concernant l'accord entre le Canada et l'UE», a ajouté M. Riendeau.

Des résultats en progression

La coopérative laitière a également dévoilé ses résultats financiers pour l'exercice terminé le 2 novembre 2013, où ses revenus ont atteint 3,8 milliards $, en hausse de 5,2 pour cent, ou 188,7 millions $.

Elle a également déclaré un montant de 110,5 millions $ en ristournes à ses membres. Agropur souligne avoir réalisé cette performance même si l'exercice 2012 comptait une semaine supplémentaire que celui de 2013.

L'année 2014 s'annonce toutefois «difficile» en raison de la vive concurrence et de la pression sur le secteur laitier canadien, croit le chef de la direction d'Agropur.

«Il y a peu de parts de marché disponibles et les gens sont agressifs pour tenter d'en gagner», a observé M. Coalier.

La coopérative a également mis de l'avant un plan de réduction des coûts afin de demeurer concurrentielle. En 2013, elle a dépassé son objectif de 35 millions $ sur une base annualisée.

Malgré une cible de 75 millions $ pour 2015, M. Coalier assure que la stratégie ne devrait pas se traduire par des licenciements.

«Ce n'est pas notre objectif, a-t-il dit. Nous ne sommes pas en état de panique pour atteindre nos objectifs.»

Agropur, qui exploite 31 usines en Amérique du Nord, regroupe 3400 producteurs de lait qui en sont membres; 6300 employés y travaillent. Parmi ses marques les plus connues, on retrouve Québon, Natrel, Sealtest, Iogo et Oka.

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