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Procès Rwanda: un officier français dit avoir fait enquêter en vain sur l'accusé

11/02/2014 04:01 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Un ancien officier français en poste au Rwanda a affirmé mardi n'avoir pu corroborer des accusations de tortures contre Pascal Simbikangwa, le premier Rwandais jugé en France en lien avec le génocide.

Le colonel en retraite Michel Robardey fut coopérant militaire à Kigali de 1990 à 1993, affecté à la réorganisation des services de police judiciaire de la gendarmerie, communément appelés "la criminologie".

Soulignant n'avoir "jamais vu l'accusé", le témoin cité par la défense a dit que le capitaine Simbikangwa "avait une telle réputation que j'ai été amené à prendre des mesures".

Le Rwanda, "c'est le pays de la rumeur et parmi les rumeurs, il y avait celle du capitaine à roulettes (Simbikangwa est dans un fauteuil roulant depuis un accident en 1986) qui torture, qui massacre, qui fait ceci-cela," a raconté le témoin.

Il a déclaré avoir en 1992, dans le cadre de sa réorganisation, suggéré de remplacer tout le personnel de la "criminologie" et de lancer trois enquêtes, sur les accusations de torture et de participation à des escadrons de la mort contre le capitaine Simbikangwa, sur des massacres de Tutsi survenus dans la province de Brugesera, au sud de Kigali, et sur des accusations de massacres attribués à la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) dans le nord du pays.

Selon lui, les accusations contre Simbikangwa reposaient, en ce qui concerne les escadrons de la mort, sur un seul témoin "qui est un menteur avéré" et relevaient "d'un montage politique du FPR".

L'accusé travaillait à l'époque pour le Service central de renseignement (SCR) de la police et a toujours démenti avoir mis les pieds à la "criminologie".

Le colonel Robardey a dû reconnaître qu'il "ne savait pas" si M. Simbikangwa "avait fait (torturer des gens) au SCR, qui était à la botte du président (Juvénal) Habyarimana", dont l'assassinat le 6 avril 1994 fut le signe déclencheur du génocide au cours duquel périrent en cent jours 800.000 personnes, principalement des Tutsi.

"S'il y avait des escadrons de la mort au Rwanda en 1992-1993, c'étaient ceux du FPR, pas ceux du gouvernement", a estimé l'officier français.

Selon ce dernier, les deux autres enquêtes ont démontré que le FPR organisait des attentats, notamment avec des mines dont il avait pu retracer le circuit, et que les auteurs du massacre de Brugesera affirmaient avoir été motivés par la colère contre ces violences.

Il a également assuré avoir acquis "la certitude" des crimes du FPR, qui "non seulement massacrait les élites hutu mais poussait devant lui les populations" lors de ses offensives.

Pour le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, l'avocat Simon Foreman a demandé à l'officier s'il se reconnaissait dans la définition donnée d'un volet de sa mission dans le livre controversé (il fut taxé de négationnisme, mais relaxé en justice) de Pierre Péan "Noire fureur, blancs menteurs": "Mieux contrecarrer la propagande du FPR".

Le colonel Robardey a reconnu avoir, pendant son séjour au Rwanda, écrit un texte appelé "Dénonciation du génocide commis par le FPR au Rwanda" et évoqué dans un autre "quelques Tutsis molestés" à propos des tueries.

Interrogé sur l'existence d'un génocide des Hutu, position considérée comme révisionniste par de nombreux historiens, il a répondu: "aujourd'hui, je ne sais pas". Quant à "molestés", il a reconnu un "langage déséquilibré" mais assuré qu'il s'agissait pour lui de répondre à des ONG étrangères qu'il jugeait partiales.

En 2008, au plus fort des tensions franco-rwandaises, le colonel Robardey et d'autres militaires français avaient été accusés par Kigali d'avoir facilité, voire participé au génocide.

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