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New York, l'eldorado paradoxal des jeunes créateurs de mode

11/02/2014 10:33 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

A la fois eldorado des talents les plus prometteurs de la mode et cimetière de nombreux espoirs, New York est pour beaucoup de jeunes créateurs un paradoxe, où seuls les mieux armés peuvent espérer briller un jour.

Chaque année, des centaines de créateurs s'y lancent ou tentent de se lancer, dans l'espoir de devenir le prochain Alexander Wang, Joseph Altuzarra ou Jason Wu, tous stars des podiums d'à peine plus de 30 ans.

Ce mouvement s'est récemment accéléré avec ce que les experts appellent une "renaissance" de l'industrie vestimentaire locale, un temps toute puissante aux Etats-Unis, avant d'être décimée comme le reste du secteur à la fin du XXe siècle.

Pour un jeune créateur de mode, "New York, c'est là où il faut être, pour une visibilité énorme et un maximum d'opportunités", explique Jonathan Bowles, du "Center for an Urban Future", un groupe de réflexion new-yorkais dédié au développement de l'économie locale.

Outre les écoles de renom comme le Fashion Institute of Technology (FIT) ou la Parsons School, la forte tradition textile, la présence de griffes internationales et une Semaine de la mode phare, son dynamisme entrepreneurial fait de New York un marchepied plein de promesses.

Mais pour ces aspirants créateurs qui travaillent encore pour d'autres lignes ou d'autres métiers de la mode, dans la finance ou ailleurs en attendant de fonder leur propre griffe, cet univers est impitoyable.

"La ville de New York est un paradoxe. C'est à la fois un environnement difficile pour percer mais c'est aussi" un cadre extrêmement stimulant "avec une concentration incroyable de talents qui relègue au second rang toutes les autres villes du monde en comparaison", résume Adam Friedman, du Pratt Center for Community Development.

Pour s'y faire un nom, il faut être préparé

"Il vous faut un produit exceptionnel, quelque chose que le marché ne sait pas encore qu'il va le vouloir et une qualité supérieure", explique Caroline Fuss, une Australienne de 26 ans d'origine zimbabwéenne, qui a fait ses armes chez Proenza Schouler avant de fonder Harare, sa marque de prêt-à-porter.

Pour Mme Fuss, la quête de l'excellence passe par la "qualité extraordinaire" de ses tissus. Fascinée par la tradition du tissage guatémaltèque, Mme Fuss a choisi de confier la confection d'une partie de ses matières à des communautés du pays avant de les faire acheminer vers des ateliers de la 39e rue, dans le Garment District, un quartier emblématique dans l'habillement. "Nous y nous disposons d'extraordinaires couturières qui travaillent aussi pour Thakoon, The Row and Sophie Theallet".

Certaines valeurs comme "un sens éthique" fort et "le souci du développement durable" sont perçues comme des atouts.

Cet environnement est très stressant, reconnaît Lindsay Mann, 29 ans, directrice artistique de Kotoba, une petite ligne lancée aux Etats-Unis en 2012 par Shima Seiki, un goupe japonais spécialisé dans les technologies de pointe de tricot.

"Nous avons une petite longueur d'avance car nous utilisation des technologies vraiment pointues" comme la technique-maison du "wholegarment" qui tricote un vêtement d'une traite, sans coupe ni point, ni gâchis de laine, et un logiciel de design 3D, avance-t-elle. Sans compter "que tout ce que nous faisons est 100% fait aux Etats-Unis, dans le New Jersey, "à 45 minutes de Manhattan".

Un argument de taille auprès des consommateurs, avides de traçabilité après les tragédies à répétition vécues par les travailleurs du textile notamment au Bangladesh, mais aussi auprès des revendeurs.

"Le fait qu'elles soient basées à New York nous plaît, tant du point de vue pratique que parce que nous voulons participer à l'économie locale et au renouveau" de la filière textile dans la région, note Ivan Gilkes, copropriétaire du showroom Aikaz dans le West Village.

Pour tous, le "Made in NYC" est une étiquette forte dans une industrie en pleine évolution, que certains savent utiliser mieux que d'autres.

"La mode est conçue pour que les gens se sentent bien", et cela demande "de connaître l'histoire derrière le vêtement", affirme Bob Bland, créatrice de l'incubateur d'entreprises Manufacture New York et de la plateforme de défilés Launch NYC.

ppa/rap

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