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La renonciation de Benoît XVI, une décision audacieuse qui a été bien gérée

11/02/2014 05:09 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

La démission historique de Benoît XVI, il y a un an, est saluée aujourd'hui comme un acte audacieux qui a permis au pape François d'amorcer un renouveau de l'Eglise, beaucoup d'observateurs réévaluant le pontificat du pape allemand.

"Cela a été un grand acte de gouvernement qui a eu une incidence sur la vie de l'Eglise", a souligné le père jésuite Federico Lombardi, porte-parole de Benoît XVI, puis de François, sur Radio Vatican.

Désormais, un autre pape, s'il voit qu'il n'a plus les forces pour faire face aux défis d'une Eglise d'1,2 milliard de baptisés, pourrait démissionner. Cela pourrait concerner un jour François ou un de ses successeurs, même si cela devrait rester exceptionnel, relèvent les vaticanistes.

Mgr Georg Gänswein, secrétaire particulier du pape émérite, a décrit à la chaîne CTV la renonciation comme "un acte révolutionnaire, qui a ouvert des possibilités que nul ne pouvait voir". Il a invité à ne pas "sous-estimer" l'impact qu'elle a eu sur le lien émotionnel entre le pape François et les fidèles. "L'impact de François, non seulement sur les fidèles de l'Eglise, mais sur le monde, est énorme, et il a été favorisé aussi en partie par Benoît XVI".

Aucune cérémonie n'était annoncée mardi dans le plus petit Etat du monde, une discrétion voulue sans doute par le vieux pape allemand. Son successeur a toutefois tweeté un message en forme d'hommage: "je vous invite à prier ensemble avec moi pour Sa Sainteté Benoît XVI, un homme de grand courage et d'humilité".

Beaucoup de commentateurs saluaient mardi l'acte de "sagesse" et de "grandeur" de Joseph Ratzinger, à l'issue d'un pontificat impopulaire et tourmenté de huit ans, marqué par des scandales dans l'Eglise, des erreurs de communication de lui-même et de la Curie.

Le pape émérite de 86 ans vit retiré dans l'ancien monastère "Mater Ecclesiae" sur la colline du Vatican. Il lit, prie, écrit, reçoit, selon son ancien porte-parole.

"Curieusement, il n'a jamais été aussi présent sur la scène que depuis qu'il l'a quittée. L'image fausse du Panzerkardinal s'est effacée en un an", a commenté pour l'AFP le cardinal français Paul Poupard.

"En un an, on est passé au Vatican de la stupeur et d'un brin de réprobation, à l'approbation sur fond de gravité", ajoute ce fin observateur de la Curie.

Le vaticaniste Marco Tosatti estime que "le travail obscur, ingrat et certainement peu valorisé (de Benoît XVI) de nettoyage interne de l'Eglise, de ses membres faibles et peu capables, a permis à l'Eglise de se présenter au monde sous un aspect nouveau".

Benoît a lutté fermement contre la pédophilie, le carriérisme, la double morale, déblayant le terrain pour le pape François et sa "révolution de la tendresse", selon M. Tosatti.

Le pontificat de Ratzinger, observe Tosatti, interrogé par le site Il Sismografo, a permis "de donner naissance à un vrai après-Wojtyla" incarné par le règne de François.

Le "géant" polonais a marqué par sa forte stature l'Eglise pendant 27 ans, mais il a achevé son pontificat en laissant une Eglise entachée par de multiples scandales, notamment la pédophilie.

Dans un livre qui vient de paraître en France, "L'Homme qui ne voulait pas être pape" (Albin Michel), l'expert du Vatican Nicolas Diat dresse un portrait de Benoît XVI comme un homme humble et exigeant, trahi par des proches, notamment avec le scandale des fuites "Vatileaks". "S'il est un pape qui a dû affronter la médiocrité, la bassesse vertigineuse et les petites rancunes à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise, c'est sans conteste Benoît XVI".

Nicolas Diat montre que certains cardinaux n'avaient pas bien accepté son pontificat, qui selon eux ne devait être que transitoire, et d'autres manoeuvraient et intriguaient pour se positionner pour la succession.

Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat, dont ce livre montre bien qu'il était pour Benoît XVI l'ami des moments difficiles, était, selon Diat, l'homme à abattre pour beaucoup dans la Curie. En raison de ses erreurs de jugement et de son incompétence diplomatique.

Bertone a confié mardi au quotidien Il Giornale: "Benoît XVI avait pris sa décision depuis un certain temps. Il m'en avait parlé à la mi-2012. Il sentait que, pour gouverner la barque de Pierre, et faire front aux défis de l'Eglise de notre temps, il fallait la vigueur du corps et de l'esprit".

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