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Dépôt d'un budget fédéral austère, saupoudré de mesures clinquantes

11/02/2014 04:13 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

OTTAWA - Le gouvernement conservateur dépose un autre budget marqué du sceau de l'austérité, mais il prend soin de le draper d'atours clinquants et tape-à-l'oeil.

Pour son 10e budget fédéral, le ministre des Finances, Jim Flaherty, avait voulu diminuer les attentes en minimisant les promesses de bonbons et de cadeaux. Et il n'a pas menti, car s'il saupoudre quantités de mesures visant à plaire à des groupes cibles, les sommes qu'il y associe sont faméliques.

L'objectif visé est avoué: retourner à l'équilibre budgétaire à temps pour l'an prochain - année électorale. Dans le document qu'il a présenté aux Communes mardi, le ministre prévoit ainsi un déficit de 2,9 milliards $, mais il alloue 3 milliards $ à un fonds de réserve, ce qui rend l'équilibre budgétaire déjà virtuellement atteint.

Dès l'an prochain, les coffres de l'État seront bien garnis, avec un excédent de 6,4 milliards $ en plus d'une réserve similaire.

Ce retour à l'encre noire ne se fait pas sans effort, alors qu'Ottawa engrange des économies frôlant 14 milliards $ en contrôle des dépenses sur l'appareil d'État encore cette année. Et ces coupes s'annoncent récurrentes, puisque dans ses projections pour les quatre années suivantes, Jim Flaherty prévoit des économies de la même ampleur. Les fonctionnaires ne manquent pas d'écoper, avec des changements majeurs dans leurs avantages sociaux équivalent à 7,4 milliards $ en six ans.

Ottawa reporte également l'achat des nouveaux équipements pour les Forces armées, une économie temporaire de 3,1 milliards $.

«Nous avons (...) redressé la situation en mettant de l'ordre dans les finances publiques. Et c'est exactement ce que notre gouvernement continuera de faire», a soutenu le ministre en déposant son document de près de 500 pages à la Chambre des communes.

Petites mesures

Plusieurs observateurs s'attendent à ce que les investissements majeurs dans les programmes destinés à plaire à l'électorat coïncideront avec l'année électorale de 2015. En attendant, les Canadiens peuvent se contenter d'une pluie de petites annonces aux montants souvent minimes inscrits au budget cette année.

Ainsi, Ottawa multiplie les petits crédits d'impôts: augmentation des dépenses admissibles pour l'adoption d'un enfant, élargissement des crédits d'impôt pour les frais médicaux, bonbons pour les vétérans et les amateurs de motoneige.

Au total, les nouvelles dépenses totalisent 700 millions $, dont on connaissait déjà quelques éléments, comme l'expansion d'Internet à haute vitesse en région rurale (305 millions $ sur cinq ans).

Certains montants cités dans le document sont étonnement petits pour un budget fédéral, comme l'enveloppe de 150 000 $ pour soutenir les femmes entrepreneures. M. Flaherty accorde notamment 1 million $ sur deux ans au défi Pierre Lavoie qui favorise l'activité physique.

Ottawa affecte d'autre part certaines sommes à des postes de dépenses longtemps négligés.

Ainsi, le gouvernement prévoit 165 millions $ sur deux ans pour la construction du nouveau pont Champlain, qui sera fait en partenariat public-privé et comptera assurément un péage. C'est accompagné d'une enveloppe supplémentaire de 378 millions $ sur deux ans pour la réparation et l'entretien des ponts fédéraux de Montréal.

Après s'être fait taper sur les doigts en raison de larges rappels dans l'industrie alimentaire, il injecte 390 millions $ en cinq ans pour le système de salubrité des aliments, dont l'embauche de 200 nouveaux inspecteurs.

Le gouvernement fédéral affecte par ailleurs 1,5 milliard $ sur cinq ans pour un nouveau fonds destiné à la recherche, baptisé «Apogée Canada». Il alloue également 500 millions $ sur deux ans au fonds d'innovation pour le secteur automobile.

Enfin, le fédéral ne lâche pas le morceau dans un dossier cher aux provinces et plus précisément au Québec, en annonçant qu'il ira de l'avant avec son nouveau programme de Subvention canadienne pour l'emploi dès le 1er avril, et ce, même s'il ne parvient pas à s'entendre avec les provinces.

Les négociations sur ce programme de 300 millions $ annoncé l'an dernier pour remplacer les anciennes ententes sur la formation de la main-d'oeuvre sont tumultueuses. Québec, qui juge que le fédéral empiète sur ses champs de compétence, demande un droit de retrait avec pleine compensation.

Budget «ennuyeux»

M. Flaherty se dote d'une nouvelle source de revenus qui frise les 700 millions $ en 2014-2015 — et cela risque d'interpeller les fumeurs qui ont pris l'habitude d'acheter leurs cigarettes aux boutiques des frontières du pays et dans les aéroports. Il majore la taxe d'accise sur les cigarettes et impose un nouveau droit d'accise pour les produits du tabac vendus dans les commerces «hors taxes».

«Certains diront que ce budget est ennuyeux. Je prends ça comme un compliment», a ironisé le ministre des Finances en conférence de presse.

«C'est le bon budget pour notre pays, même s'il n'y a pas de dépenses extravagantes», a-t-il soutenu.

Grandes absentes du budget: les mesures annoncées lors du discours du Trône pour donner un peu d'air aux consommateurs sont évoquées, mais elles ne sont pas précisées. Ainsi, on dit vouloir adopter des mesures législatives pour éviter que les Canadiens paient plus cher que les Américains pour les mêmes produits, sans pour autant indiquer comment on allait s'y prendre. Même chose pour l'élimination de la pratique de certains commerçants «à facturer la facturation» ou la promesse d'élargir l'accès aux services bancaires de base.

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