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Charbonneau: écoute sur la discrimination entre syndicats pour l'emploi

11/02/2014 10:19 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Plusieurs extraits d'écoute électronique entendus mardi devant la Commission Charbonneau confirment les dires du témoin Ken Pereira quant aux réticences des employeurs à embaucher des mécaniciens industriels qui n'étaient pas syndiqués au Conseil provincial.

Ces extraits qui datent de 2006 et 2007 confirment l'existence d'une certaine discrimination entre les organisations syndicales rivales. Ils témoignent plus particulièrement de la difficulté de se placer pour un ouvrier qui n'est pas syndiqué auprès du syndicat majoritaire ou du «bon» syndicat.

Ainsi, dans ces extraits, différents mécaniciens industriels syndiqués à la FTQ-Construction, comme M. Pereira, appelaient des employeurs potentiels pour offrir leurs services. Mais ils ne parvenaient pas à se faire embaucher parce que l'employeur faisait plutôt affaires avec l'organisation rivale de la FTQ-Construction, soit le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, qui représente la majorité des mécaniciens industriels.

Dans ces cas, ce sont donc les syndiqués de la FTQ-Construction qui étaient en quelque sorte victimes du système de placement syndical, puisque c'était le Conseil provincial qui faisait le placement de main-d'oeuvre sur les chantiers pour les mécaniciens industriels.

C'est M. Pereira lui-même qui avait conseillé à ses membres d'enregistrer les employeurs pour étayer sa thèse voulant que ses membres soient victimes de discrimination syndicale et ne parviennent donc pas à trouver du travail.

Fait à noter, M. Pereira avait irrité le Conseil provincial pour une deuxième raison: il avait quitté le Conseil provincial pour la FTQ-Construction, emmenant avec lui plusieurs syndiqués, mais en nombre insuffisant pour faire le poids face au Conseil provincial.

M. Pereira et ses membres rendus à la FTQ-Construction ont donc éprouvé maintes difficultés à trouver du travail, les employeurs continuant de faire affaires avec le Conseil provincial, qui représente la grande majorité des mécaniciens industriels.

Un des employeurs enregistrés, un anglophone identifié comme John, répond carrément au mécanicien industriel Marc que les seuls qu'il embauche sont syndiqués au 2182. Il s'agit de la section locale des mécaniciens industriels affiliée au Conseil provincial. L'employeur ajoute même «je n'ai pas le choix» que d'embaucher ces mécaniciens.

L'avocat de la FTQ-Construction, Me Robert Laurin — celui-là même qui avait conseillé à Ken Pereira d'enregistrer les employeurs, selon M. Pereira — a ensuite contre-interrogé le témoin Michel Comeau, enquêteur à la commission. C'est lui qui a rapporté, lundi, 70 témoignages que lui et d'autres enquêteurs ont colligés sur l'intimidation dans les chantiers de construction, principalement sur la Côte-Nord.

L'enquêteur Comeau a d'ailleurs précisé mardi qu'il ne fallait pas s'alarmer inutilement, que les aberrations décrites étaient concentrées sur certains chantiers.

«Vous avez dépeint certaines situations, certains événements qui se sont produits sur les chantiers. Est-ce qu'on peut prendre pour acquis que ça se passe dans certains chantiers et que ce n'est pas répandu à la grandeur du Québec?» lui a demandé Me Simon Tremblay, procureur de la commission.

«Définitivement. C'est seulement sur certains chantiers, les gros chantiers», a confirmé le témoin.

Me Laurin a cherché à démontrer que l'enquêteur n'avait pas vérifié la véracité de plusieurs témoignages qu'il avait rapportés. L'avocat a aussi tenté d'expliquer plusieurs comportements problématiques de syndiqués sur la Côte-Nord par le fait que les emplois étaient rares et que les syndiqués voulaient garder dans la région ces emplois.

L'enquêteur Comeau a aussi admis qu'il ignorait que l'embauche prioritaire par Hydro-Québec de syndiqués de la Côte-Nord, pour les chantiers de la Côte-Nord, était une «commande politique» du gouvernement de Jean Charest, comme le lui a suggéré Me Denis Houle, l'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec.

Hydro réplique

Par ailleurs, en après-midi, Hydro-Québec a émis un communiqué pour justifier sa position dans le dossier des grutiers payés à ne rien faire sur le chantier de Péribonka _ un des dossiers sur lesquels l'enquêteur Comeau avait témoigné lundi.

Hydro-Québec n'a ni confirmé ni nié directement l'information des grutiers payés à ne rien faire par son entrepreneur Bauer. Toutefois, elle affirme que «c'est la responsabilité des entrepreneurs de prendre les mesures nécessaires pour maintenir la paix syndicale sur un chantier et d'en assumer les coûts dans le cadre de leur contrat».

Deux travailleurs ont affirmé à l'enquêteur Comeau qu'ils ont tout de même été payés par Bauer.

Un avocat a demandé à l'enquêteur Comeau si une réclamation de Bauer avait été présentée à cet effet à Hydro-Québec, mais l'enquêteur l'ignorait. Et Hydro ne dit pas dans son communiqué si elle a effectivement compensé Bauer pour ces grutiers payés à ne rien faire.

Hydro-Québec justifie encore le contexte. «Tout arrêt des travaux de ce contrat aurait entraîné des pertes significatives pour Hydro-Québec, ainsi que des impacts sur d'autres contrats avec d'autres entrepreneurs sur le chantier».

La société d'État affirme avoir une «politique de tolérance zéro» quant à l'intimidation sur ses chantiers depuis 2009. Celle-ci est «intégrée aux contrats qui lie Hydro-Québec et ses entrepreneurs», affirme-t-on dans le communiqué. Hydro affirme s'assurer «du maintien de la paix sociale sur ses chantiers» en tout temps.

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