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Centrafrique: pour les ex-rebelles cantonnés, la vie continue derrière les murs

11/02/2014 12:25 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Derrière les hauts murs du camp militaire RDOT à Bangui, environ 1.500 anciens rebelles de la Séléka, cantonnés depuis qu'ils ont perdu le pouvoir en janvier, rongent leur frein en attendant d'être démobilisés et de pouvoir regagner leur région d'origine.

Deux semaines après leur arrivée, la vie s'est organisée, avec des vendeuses de fruits ou de cigarettes, un kiosque "transfert d'argent", un cireur de chaussures... et des trafics.

"Madame, tu veux du riz?" Ici, le sac de riz s'achète 15.000 francs CFA (FCFA, soit 22 euros), contre 25.000 FCFA (38 euros) en ville. "C'est les Français qui nous ont apporté ça après nous avoir tiré dessus, les insolents!", dit le général Issa Issaka. "Mais nous, on préfère le manioc", ajoute-t-il en riant.

Le 27 janvier, les deux principaux camps de cantonnement d'ex-rebelles Séléka avaient été évacués du centre de Bangui et les combattants regroupés au camp RDOT, situé dans le nord de la ville.

Le lendemain, des affrontements avaient opposé des ex-rebelles aux militaires français présents au côté de la force de l'Union africaine (Misca) pour sécuriser les lieux, qui avaient été pris pour cible à l'entrée du camp. L'accrochage avait fait 10 morts coté Séléka.

Ancien chef d'état-major de la Séléka, qui avait porté Michel Djotodia au pouvoir en mars 2013, le général Issaka, 43 ans, est ensuite devenu directeur général de la sécurité présidentielle jusqu'à la chute de l'éphémère président, poussé à la démission en janvier. Avant cela, raconte-t-il, il était agent forestier.

"Il connaissait les armes, alors il est devenu général", précise Moustapha Abakar, un ancien professeur qui prend des notes dans un petit cahier, musulman déplacé devenu à la fois secrétaire et intendant.

A l'entrée du camp, des soldats rwandais de la Misca sont en faction. "Eux nous protègent. Nous, on contrôle les sorties pour éviter que les hommes sortent avec des armes", témoigne un jeune Séléka.

Nombreux sont ceux qui, à l'intérieur du camp, déambulent en uniforme, béret rouge sur la tête, arme à la ceinture.

Après le départ du président Djotodia, les Séléka ont été cantonnés dans l'urgence et autorisés à conserver une arme chacun, qu'ils devront rendre une fois que le programme Démobilisation-désarmement-réinsertion (DDR) aura été mis en place par les autorités de transition, avec le concours des Nations unies.

Une prison

Selon le général Issaka, "entre 3.000 et 4.000 Séléka, dont 460 ex-membres de la sécurité présidentielle, vivent dans le camp". Des estimations jugées "très gonflées" par les sources diplomatiques et militaire interrogées par l'AFP, qui les évaluent à environ 1.500.

"Nous attendons le DDR, nous ne comprenons pas pourquoi ça tarde car", assure le général, "tous les hommes ici sont listés, répertoriés".

"Ici, c'est une prison", dit M. Abakar. "Les hommes n'ont pas le droit de sortir avec des armes, donc s'il sortent, ils se font lyncher".

Selon le commandant du contingent français en Centrafrique, le général Francisco Soriano, "globalement, les Séléka respectent les règles du jeu".

Même si les conditions de vie sont précaires: "il n'y a pas d'eau potable sur le camp et nous ne pouvons pas amener nos malades à l'hôpital", grogne le général Issaka. Selon lui, une épidémie de diarrhée s'est déclenchée il y a quelques jours, et une trentaine de personnes sont déjà touchées.

"On comprend qu'on n'a plus besoin de nous, mais il faut démarrer le processus pour que les hommes puissent rentrer chez eux et reprennent une activité", plaide-t-il.

Interrogé sur la quantité d'armes présentes dans le camp, le général refuse de donner des détails, assurant que "Sangaris (nom de code de l'opération française en Centrafrique) et Misca ont répertorié notre matériel". Il mentionne toutefois des fusils d'assaut kalachnikov, des lance-roquettes, des mitrailleuses et des grenades.

Pourtant, confirme-t-il, la situation est calme au camp malgré des tentatives d'"infiltration" de milices "anti-balaka", créées en réaction aux exactions de la Séléka à dominante musulmane et majoritairement composées de chrétiens.

"Nous avons interpellé 18 +anti-balaka+ la semaine dernière", affirme le général Issaka, assurant les avoir "relâchés mardi matin".

"Ils avaient entre 12 et 29 ans et étaient armés de couteaux et de grenades", renchérit M. Abakar. "Le général voulait les remettre à quelqu'un mais personne n'en voulait, alors on les a lâchés dans la nature ce matin".

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