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Bosnie: les Serbes réticents à rejoindre le mouvement de grogne sociale

11/02/2014 06:57 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Les Serbes de Bosnie, confrontés eux aussi à une situation sociale et économique très difficile, sont néanmoins très réticents à rejoindre le mouvement de grogne sociale qui secoue l'entité croato-musulmane de ce pays toujours profondément divisé vingt ans après le conflit inter-communautaire (1992-95).

"Toute initiative provenant de l'entité croato-musulmane est perçue avec scepticisme, les Serbes y voyant par défaut une tentative de centralisation du pays, ce à quoi ils sont fermement opposés", a dit à l'AFP l'analyste politique Milan Radulovic.

"Tout simplement, la peur, provoquée par les souvenirs de la guerre, est plus forte que la réalité du marasme économique qui nous frappe tous", a-t-il poursuivi.

L'accord de paix de Dayton (Etats-Unis), qui a mis un terme au conflit ayant fait 100.000 morts, a imposé à la Bosnie la création de deux entités, l'une serbe et l'autre croato-musulmane, reliées par de faibles institutions centrales.

Au sein de cette structure politique compliquée, le pouvoir est partagé entre Musulmans, Serbes et Croates et les décisions, pour être prises, requièrent l'accord des trois communautés.

"Quoique solidaires avec les revendications des manifestants dans l'autre entité, il y aurait plus de chance que les Serbes (de Bosnie) se joignent à des protestations dont l'épicentre serait en Serbie" voisine, a fait valoir M. Radulovic.

"Les barrières psychologiques entre Serbes d'un côté et Musulmans et Croates de l'autre sont plus efficaces que ne le serait l'existence de frontières formelles entre les deux entités", souligne un autre analyste Dragan Risojevic.

Pour les dirigeants de l'entité serbe, son président Milorad Dodik en premier lieu, les violentes manifestations contre la pauvreté dans plusieurs ville de l'entité croato-musulmane ont représenté une nouvelle occasion de souligner le dysfonctionnement de ce pays.

"Nous pouvions nous attendre à ce que les Serbes de Bosnie ne rejoignent pas les protestations. Les politiciens, dans notre entité s'efforcent par tous les moyens de discréditer tout ce qui provient de l'entité croato-musulmane", explique l'analyste politique Tanja Topic.

"Ils jouent comme toujours sur la carte nationaliste qui est dominante et poussent au second plan les problèmes économiques et sociaux", a-t-elle ajouté.

M. Dodik doit également tenir compte des intérêts de la Serbie, où le puissant vice-Premier ministre Aleksandar Vucic est en campagne électorale pour un scrutin législatif anticipé à la mi-mars, fait valoir une source serbe proche des institutions centrales à Sarajevo.

"Le fait que dès le début des manifestations, M. Dodik ait été convoqué à Belgrade pour que soit affirmée l'importance de maintenir la stabilité dans l'entité serbe, et d'une manière générale là où les Serbes sont majoritaires dans l'ex-Yougoslavie, dévoile la position de Belgrade", a déclaré cette source qui a requis l'anonymat.

"Les manifestations, certes à caractère social au tout début, sont très vite devenues politiques car des élections sont prévues en Bosnie cette année. Il semblerait qu'une tentative de redistribuer les cartes sur l'échiquier politique musulman est en cours", a poursuivi cette source.

M. Dodik dispose de plus "d'un appareil policier mieux structuré, moins compliqué et peut donc mieux contrôler la situation", a ajouté cette source.

L'entité croato-musulmane est, elle, formée de dix cantons, chacun avec son propre gouvernement. Cette administration est pléthorique avec quelque 180.000 salariés pour un pays de 3,8 millions d'habitants.

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