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Centrafrique: l'armée française durcit le ton envers les miliciens chrétiens anti-balaka

10/02/2014 12:32 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Les miliciens chrétiens anti-balaka, "ennemis de la paix", seront traités en "bandits" s'ils persistent à attaquer les musulmans, a averti lundi le commandant du contingent français en Centrafrique, face à la persistance des exactions à Bangui et en province.

"Ceux qui se disent +anti-balaka+ sont devenus les principaux ennemis de la paix en Centrafrique, ce sont eux qui stigmatisent les communautés", a souligné le général français Francisco Soriano lors d'une rencontre publique à Bangui avec les principaux dignitaires religieux du pays.

Cette forte déclaration intervient au lendemain de l'assassinat par des inconnus de Jean-Emmanuel Ndjaroua, un membre du Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire centrafricain), que certains de ses collègues ont attribué à la milice.

Samedi, le parlementaire avait fait une intervention remarquée devant le CNT, dans laquelle il s'était élevé contre les violences dont sont victimes les ressortissants "cosmopolites" de sa région, autrement dit les musulmans.

Lundi, le CNT a demandé l'ouverture d'une enquête sur ce meurtre et plus largement "l'arrestation des auteurs et complices des autres cas d'assassinats, de pillages, de lynchages, de viols et de vols".

Outre le parlementaire, au moins 10 personnes ont été tuées au cours de violences accompagnées de pillages à grande échelle dimanche à Bangui.

Face à ces exactions, de nombreux civils musulmans fuient Bangui depuis plusieurs semaines, dans un pays où le système judiciaire demeure paralysé.

"C'est un acte ignoble", a commenté un parlementaire, Fernand Mandé Ndjapou, ajoutant: "c'est l'impunité qui est à la base de ce cycle de violences qui agitent le pays. On tue un membre de ta famille, mais les assassins ne sont nullement inquiétés (...) Il faut que ceux qui tuent, qui pillent, puissent répondre de leurs actes devant la justice".

La "nébuleuse" anti-balaka

Interrogé par l'AFP sur un éventuel cantonnement des miliciens anti-balaka, réclamé par celui qui se présente comme leur "coordonnateur politique" Patrice Edouard Ngaïssona, le général Soriano a répondu : "C'est qui, les +anti-balaka+? Qui est leur chef? Quel est leur message politique? Quelle est leur chaîne de commandement?"

"Personne ne sait rien. C'est une nébuleuse, on est incapable de mettre un vrai visage", a-t-il dit.

Selon M. Ngaïssona, les miliciens seraient environ 70.000 dans tout le pays, un chiffre jugé farfelu par de nombreux observateurs.

Dénonçant "l'ingratitude" de la nouvelle présidente de transition Catherine Samba Panza, le "coordonnateur" des milices se disait prêt lundi à déposer les armes et a accepter le cantonnement, contre une aide à la réinsertion.

"Les cantonner, ce serait leur donner une légitimité qu'ils n'ont pas. Ce serait leur donner la possibilité de devenir une force qu'ils ne sont pas au service d'un sombre dessein", a estimé le général français.

"On ne doit pas les cantonner mais les chasser comme ce qu'ils sont, c'est à dire des hors-la-loi, des bandits", a insisté l'officier.

Apparus d'abord en province comme des groupes d'autodéfense villageois, les anti-balaka avaient vocation a défendre leurs villages contre l'ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, qui avait porté au pouvoir Michel Djotodia en mars 2013 avant de commettre de graves exactions envers les civils.

Sans moyens et sans armes, c'est surtout aux populations civiles que s'en sont rapidement pris les miliciens, avant d'apparaître à Bangui où, en dehors de quelques opérations de harcèlement des ex-Séléka, ce sont également les civils musulmans qui ont été régulièrement pris à partie, pillés et/ou lynchés.

Les anti-balaka comptent dans leurs rangs de nombreux anciens membres des Forces armées centrafricaines (FACA), ainsi que des fidèles de l'ancien président François Bozizé, renversé en mars 2013 par Michel Djotodia. Ce dernier a été contraint à la démission le 10 janvier pour son incapacité à mettre fin aux tueries interreligieuses.

Mais dans la capitale centrafricaine, la milice est surtout constituée de petits groupes autonomes et de pillards.

Dans un entretien à l'AFP, le "coordonnateur" Patrice Edouard Ngaïssona, ancien député et ministre, a nié lutter "pour le retour de Bozizé". Mais au cours des derniers mois, plusieurs représentants autoproclamés de ces milices étaient des proches de l'ancien président.

M. Ngaïssona lui-même a été élu sur les listes du parti de François Bozizé et a été son ministre de la Jeunesse et des sports.

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