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Ukraine: L'opposition affirme sa détermination lors d'un rassemblement à Kiev

09/02/2014 07:56 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

L'opposition ukrainienne a affirmé dimanche sa détermination face au pouvoir du président Viktor Ianoukovitch, lors d'un rassemblement de quelque soixante-dix mille manifestants sur la place de l'Indépendance, le Maïdan, à Kiev.

"Nous n'avons pas l'intention de nous rendre. Nous irons plus loin", a affirmé le militant torturé Dmytro Boulatov, actuellement soigné en Lituanie, qu'une animatrice du rassemblement, la chanteuse Rouslana, a appelé au téléphone, en mettant ensuite l'appareil contre le micro. La foule a répondu par des applaudissements.

L'un des principaux dirigeants de l'opposition Vitali Klitschko a défié le président Viktor Ianoukovitch de "venir sur le Maïdan pour entendre ce que les gens disent de lui", en guise de réponse à l'invitation à un débat public que lui avait adressée le chef de l'Etat.

M. Klitschko a appelé les Ukrainiens à observer une grève générale d'une heure jeudi 13 février à 11h00 (9h00 GMT) et à sortir dans la rue avec les drapeaux nationaux.

"On ne peut pas nous briser. Nous allons continuer à nous battre", a-t-il lancé avant d'appeler les gens à s'inscrire dans les unités d'autodéfense partout dans le pays et suivre le mot d'ordre "Je suis Ukrainien, je n'ai pas peur".

L'homme d'affaires influent et député indépendant Petro Porochenko a indiqué que 392 manifestants arrêtés lors des heurts avec la police ont été remis en liberté et que 49 restaient encore détenus. La libération de ces militants est l'une des revendications des contestataires.

Le nombre de manifestants était comparable à celui observé lors du rassemblement analogue une semaine plus tôt, mais inférieur aux foules vues lors des grandes manifestations en novembre, puis en décembre et en janvier, ont estimé des journalistes de l'AFP.

Les habitants de Kiev venus assister à ce rassemblement - le dixième depuis le début de la contestation - semblaient sur la même longueur d'onde que les orateurs.

"Les gens doivent rester dans la rue jusqu'au bout, sinon on aura des représailles. Et l'opposition doit être plus résolue, ne pas se limiter aux discours depuis le podium. Il faut une présidentielle anticipée et une nouvelle Constitution", a dit à l'AFP Anna Rebenok, une jeune secrétaire de direction. "Sinon, tout restera comme avant".

Le président Viktor Ianoukovitch, dont les contestataires réclament le départ, a théoriquement plusieurs options devant lui, mais en même temps il est pris en étau entre plusieurs forces puissantes.

La pression la plus explicite est celle de la Russie, vers laquelle il s'était tourné fin novembre en renonçant soudainement à signer un accord d'association avec l'UE, qu'il avait lui même promu pendant trois ans.

Suite à cette volte-face, Moscou lui a offert une aide financière conséquente, 15 milliards de dollars de crédits et une baisse d'un tiers du prix du gaz russe.

Mais en l'acceptant, alors que son pays est au bord de la cessation de paiements, M. Ianoukovitch a remis aux mains du Kremlin, sinon une télécommande, du moins une ficelle solide que M. Poutine peut tirer à tout moment, en faisant dépendre les versements consécutifs à Kiev de la situation politique en Ukraine.

C'est pourquoi tant l'opposition que les partenaires occidentaux de l'Ukraine attendaient avec impatience de connaître les résultats de la rencontre entre les deux hommes. Celle-ci a bien eu lieu vendredi soir à Sotchi en marge de l'ouverture des JO d'hiver, mais rien n'a transpiré sur ce qui y a été dit ou décidé.

Gouvernement technique

Tant la Russie que l'UE et les Etats-Unis attendent de M. Ianoukovitch la nomination d'un nouveau Premier ministre pour remplacer Mykola Azarov ayant démissionné le 28 janvier, et en font dépendre leur assistance.

Il semble peu probable qu'il puisse trouver un candidat acceptable à la fois pour le Kremlin - qui veut que les engagements de Kiev envers lui soient respectés - et pour l'Occident, qui plaide pour un gouvernement "technique" d'unité nationale, où l'opposition pro-européenne jouirait d'une influence réelle.

Pour sa part, l'opposition réclame maintenant en premier lieu une réforme constitutionnelle pour revenir instantanément à la loi fondamentale de 2004 et réduire fortement les pouvoirs présidentiels au profit du parlement et du gouvernement.

Côté pouvoir, M. Ianoukovitch se dit ouvert au compromis et au dialogue, y compris à une réforme constitutionnelle, mais propose d'élaborer un nouveau texte, ce qui prendrait plusieurs mois.

L'opposition y voit surtout une manoeuvre pour gagner du temps.

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