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Suisse : un "oui" se dessine en faveur de la fin de "l'immigration de masse"

09/02/2014 10:37 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

Une victoire du "oui" en faveur de la fin de "l'immigration de masse" et de la réintroduction de quotas se dessinait dimanche en Suisse, ce qui risque de tendre les relations avec l'Union européenne, selon les dernières estimations de l'institut de sondage GfS à l'issue d'un référendum.

Quelque 50,4% des électeurs ont voté en faveur de ce texte intitulé "contre l'immigration de masse", a estimé GfS, qui précise que la marge d'erreur est de +ou- 0,7%.

Les résultats définitifs de cette consultation, qui s'annoncent très serrés, devraient être connus en fin d'après-midi, car les bureaux de vote ont fermé à midi.

Le taux de participation a été particulièrement élevé, atteignant 56%, soit beaucoup plus que la moyenne de 44% habituellement enregistrée en Suisse, preuve que le sujet a suscité beaucoup d'intérêt de la part des électeurs suisses.

Pour que le texte présenté par l'UDC (droite populiste), le parti ayant le plus de sièges au Parlement suisse, soit accepté, il faut une double majorité, celle des cantons et celle des votants.

La première condition a été remplie en début d'après-midi, la majorité des cantons ayant voté "oui".

Pour le politologue genevois Pascal Sciarini, si le "oui" l'emporte, ce sera "le chaos", car les relations entre la Suisse et l'UE risquent d'être complètement remises à plat.

Ce petit pays alpin, peuplé de huit millions d'habitants, ne fait en effet pas partie de l'Union européenne, alors qu'il est cerné par des pays membres de l'UE. Liée à cette dernière par des accords bilatéraux âprement négociés pendant cinq ans, la Suisse a accepté d'ouvrir son marché du travail aux 500 millions d'actifs de l'UE.

Au moment de l'entrée en vigueur de la libre-circulation, qui s'est faite progressivement depuis 2002, les autorités avaient indiqué qu'il n'y aurait que 8.000 nouveaux arrivants par an maximum.

En fait, la Suisse avec son insolente bonne santé économique qui tranche avec la crise dans la zone euro, en accueille bon an mal an 80.000 sur son marché du travail, un chiffre qui provoque la colère de l'UDC.

Si le "oui" l'emporte, la Suisse rétablira des quotas et des contingents, en fonction de ses besoins, pour les immigrés, un système avec lequel elle a vécu avant les accords bilatéraux avec l'UE et qui se traduit par beaucoup de tracasseries administratives, fustigées par les employeurs.

Le gouvernement suisse, la plupart des partis politiques ainsi que le patronat se sont prononcés de manière catégorique pour le "non".

Selon eux, freiner ou donner un coup d'arrêt à cette immigration signifierait la fin de la prospérité suisse. Bruxelles a d'ores et déjà indiqué que si la Suisse mettait fin à l'accord de libre-circulation, tous les autres accords liant Berne à l'UE seraient dénoncés ipso facto.

Les partisans du "oui", l'UDC en tête, répliquent en disant qu'il s'agit d'une question de souveraineté nationale, et que le pays ne doit pas se plier au "diktat" européen.

En outre, ce parti estime que l'immigration massive européenne constatée ces dernières années est la cause de nombreux maux dont souffre la Suisse, comme des transports en commun surchargés, une pénurie de logements, et des paysages défigurés par le bétonnage qu'opèrent les entreprises du BTP.

L'immigration est devenue au fil des ans un sujet de crispation en Suisse. Pour répondre en partie aux protestations d'une partie de la population à ce sujet, le gouvernement a pris dernièrement des mesures destinées à rendre l'accès aux prestations sociales plus difficiles pour les nouveaux arrivants européens. En 2013, les étrangers représentaient 23,5% (1,88 million de personnes) de la population en Suisse.

Avant les accords de libre-circulation avec l'UE, il y avait environ 20% d'étrangers en Suisse. Actuellement, sur ces étrangers, 1,25 million sont issus de l'UE-27 ou de l'AELE. Les Italiens et les Allemands sont les plus nombreux, avec respectivement 291.000 et 284.200 ressortissants.

Ils sont suivis par les Portugais (237.000) et les Français (104.000). A titre d'exemple, l'an dernier, la population du canton de Neuchâtel a progressé de 10%, une hausse due à une arrivée massive de ressortissants portugais.

A ces étrangers, il faut ajouter, selon l'UDC, les frontaliers qui sont dans la région de l'Arc Lémanique, autour du lac Léman, quelque 113.000, dans le Tessin 60.000, tout comme dans la région de Bâle.

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