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«Que ta joie demeure», un Denis Côté expérimental (PHOTOS)

09/02/2014 07:21 EST | Actualisé 09/02/2014 07:23 EST
EyeStillFilm

Berlin – Le public de la Berlinale aime Denis Côté et il l’a prouvé encore une fois hier en se déplaçant en grand nombre pour venir voir Que ta joie demeure, la nouvelle proposition du cinéaste présentée en première mondiale dans la section Forum. Il faut dire que le réalisateur québécois est dans la capitale allemande comme à la maison inaugurant une troisième visite avec cette œuvre expérimentale insolite plus proche de Bestiaire que de Vic+Flo, gagnant de l’Ours d’argent en 2013. Entrevue.

Denis Côté avoue d’emblée avoir eu très peur. «J’étais assez effrayé de présenter le film au public, déclare-t-il au Huffington Post Québec. Hier soir, je pensais qu’on allait me crucifier ou pire me tuer. Mais heureusement, les gens sont restés jusqu’au bout. Ils ont même attendu jusqu’à la fin pour la période des questions».

Les craintes du cinéaste viennent en partie de son nouvel opus qui flotte entre la fiction et le documentaire sans qu’on puisse vraiment lui accoler une étiquette. «C’est un film laboratoire. Avec Vic+Flo, je savais que j’avais de bonnes actrices et un vernis narratif qui plait généralement à tout le monde. Alors que là, je suis parti d’une hantise personnelle qui me trottait dans la tête depuis longtemps», explique-t-il, rassuré tout de même par les réactions du public berlinois.

Réalisée seulement en neuf jours, Que ta joie demeure est en effet difficile à classer. À la fois documentaire, fiction ou œuvre à teneur expérimentale, par son traitement, le huitième film du cinéaste rappelle d’entrée de jeu Bestiaire. Sauf qu’ici les bruits des animaux ont laissé place aux sons mécaniques des machines d’une entreprise. On y suit le quotidien d’ouvriers en quasi-symbiose avec leurs engins dont les mouvements répétés constituent le fond musical.

Explorer le monde du travail

«En tant qu’artiste, je ne travaille pas de 9 heures à 5 heures. Mon métier n’est pas aussi concret. Mais comme tout le monde, des fois lorsque je me couche, je me demande avant de dormir si ma journée valait quelque chose ou si je suis utile à la société. Autant de questions que j’avais envie d’exploiter», raconte-t-il.

Sachant que son œuvre est à ranger dans la catégorie «films essais», au même titre d’ailleurs que Bestiaire ou Carcasse, Côté voulait s’aventurer ailleurs. «Je me suis demandé si je pouvais faire un autre genre de film avec du matériel beaucoup moins étonnant doté d’un rythme plus rapide. Au lieu de la contemplation, cette fois créer une sorte de prise d’otage du spectateur par le son. Mon seul argument était surtout de savoir si je pouvais trouver de la poésie dans un truc aussi peu spectaculaire», dit-il.

Une chose est certaine. Le réalisateur n’a jamais eu l’intention de réaliser un film critique sur la condition des travailleurs. «On peut le définir comme une allégorie sur le concept du travail sans aucun militantisme. Dans ce cas, on a plutôt à faire à une œuvre remplie de substance. Oui, tout le monde travaille, mais les gens n’ont pas l’air de souffrir. Ce n’est pas une parabole anticapitalisme. Il existe des gens qui travaillent et qui aiment ce qu’ils font», affirme-t-il.

Selon lui, l’important réside dans une certaine objectivité. «Je sais qu’elle est pratiquement impossible à atteindre, avoue-t-il. Je suis allergique aux conventions, alors je cherche à faire des choses que personne n’a jamais vues. Tout devient alors laboratoire. J’essaye à chaque fois de proposer quelque chose de nouveau», conclut-il.

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