NOUVELLES

Les Dufour-Lapointe sont bien armés pour naviguer la tempête post-médailles

09/02/2014 10:40 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

SOTCHI, Russie - S'ils se doutaient qu'une bonne performance des trois soeurs changerait un peu leur vie, les Dufour-Lapointe ont vite réalisé que les médailles d'or et d'argent de Justine et Chloé, samedi, les ont plongés au coeur d'une tempête médiatique.

Les cinq membres de la famille — les deux médaillées, l'aînée Maxime, papa Yves Lapointe et maman Johanne Dufour — ont rencontré les médias, dimanche, lors d'une conférence de presse remplie d'émotions. Et les «soeurs volantes» n'intéressent pas que les médias canadiens: le monde entier est à leurs pieds.

On avait l'impression au centre des médias de Sotchi de s'apprêter à rencontrer les Rolling Stones: des journalistes des Pays-Bas, de la Russie, de la Corée, des représentants de la BBC, d'Eurosport, du New York Times et de NBC. Bref, le monde entier veut connaître les Dufour-Lapointe, ce que n'avait peut-être pas envisagé la petite famille.

«C'est 'cool', mais on ne s'attendait pas à ça, a déclaré Johanne Dufour. On ne pouvait pas voir venir ça. En autant que ça ne change pas trop nos vies, c'est bien correct.»

«C'est quand même unique, on ne le réalise pas, a ajouté Yves Lapointe. On parle de médailles, mais on parle aussi de trois filles qui ont un lien incroyable. Ça, c'est vraiment notre histoire. Et ce qui me frappe, c'est que leur rayonnement se fait à trois. Ç'aurait pu être à deux, mais c'est à trois. C'est vraiment fantastique.»

Et on veut tout savoir: les choix que les parents ont dû faire quand elles étaient petites, leurs débuts en ski, la durée des balades en voilier familial, laquelle est la plus compétitive, la plus rangée, la plus studieuse. Ça n'arrête pas et ça prend toutes les directions.

«Nous sommes toujours intéressés par les histoires de sport en général et les belles histoires de sport en particulier, et c'est vrai que c'est assez pour être noté que trois soeurs participent à la même épreuve aux mêmes JO. Que deux soeurs remportent l'or et l'argent, c'est encore plus extraordinaire, a expliqué Adélaïde de Gouvion Saint-Cyr, journaliste à Eurosport. Elles sont pétillantes, elles sont souriantes, elles sont jeunes: c'est une belle histoire. Les parents sont aussi présents dans cette histoire et c'est beau à raconter. Elles sont toutes fraîches et on a envie de faire leur connaissance.

«Je ne peux parler que du côté sportif, il faudrait qu'un journaliste plus 'news' évalue les répercussions possibles pour elles. Mais je ne doute pas qu'elles auront un bel avenir: elles ont tout pour elles.»

Et pour elles, l'avenir, c'est maintenant. Loin d'être «au-dessus» de cette conquête, les trois soeurs, en plus de viser une nouvelle participation aux Jeux de Pyeongchang, ont d'énorme projets.

«Vous le savez, on aime la mode, nous sommes accros aux vêtements, au maquillage, à la coiffure. Nous ne sommes pas que des athlètes: nous sommes des filles athlètes, a lancé Justine. Nous voulons faire quelque chose qui nous ressemble. Nous ne savons pas exactement quoi pour l'instant, mais nous avons eu cette idée d'une ligne de vêtements d'entraînement pour les jeunes femmes qui veulent s'entraîner fort et être jolies. C'est notre prochain objectif: les vêtements 3SDL (pour trois soeurs Dufour-Lapointe). Ça peut inspirer d'autres jeunes filles.»

Des bases solides

Ce qui ressort de tout ce tourbillon, c'est à quel point les trois jeunes femmes sont solidement ancrées dans la réalité. On sent que bien qu'elles soient très heureuses de ce qui leur arrive, elles ont des bases assez solides pour ne pas déraper. Pour Yves et Johanne, il était primordial que les valeurs familiales soient mises de l'avant.

«Quand les filles ont commencé à faire du ski de compétition, nous avons rapidement établi qu'on ne parlerait que de soi, a expliqué Johanne Dufour. Si on commence à rabaisser sa soeur pour quelque raison que ce soit et les petites filles des autres clubs, ce n'est pas comme ça que ça marche. Ton résultat, tu l'évalues par rapport à toi. C'est ce qui nous a permis d'éviter une rivalité malsaine. Mais c'est sûr qu'il y a des jours où on revenait à la maison avec une très contente de son résultat, une moyennement contente et une qui était déçue.

«Nous avons inculqué aux filles qu'elles sont des soeurs avant tout et qu'elles le resteront toujours. Le ski, elles vont faire ça quelques années. Des soeurs, elles le demeureront toujours. Alors il faut que ce soit plaisant.»

«Cette journée est l'aboutissement de notre vie, a ajouté Yves Lapointe. C'est l'aboutissement de nos choix de valeurs. Ces choix-là semblent toujours nous avoir menés dans la bonne direction, mais nous avons aussi appris à suivre les enfants. Ils nous ont apporté plein de bonnes décisions qu'on a prises. (Samedi), nous avons drôlement été récompensés. Ce sont de grosses émotions qu'on vit!»

Chloé a d'ailleurs tenu à rendre hommage à ses parents, un moment qui a pratiquement fait verser une larme à toute l'assemblée.

«Cette semaine, j'ai beaucoup pensé à mes parents, car ils ont été mes premiers supporters, et sans eux, je ne serais pas là aujourd'hui, a-t-elle dit en larmes. C'est l'événement de ma vie. Depuis que je suis toute petite, mes parents sont là.

«Ce ne sont pas que les heures d'entraînement depuis quatre ans: ça part depuis le tout début tout ça. (...) Mes descentes, je les ai faites pour les gens à la maison, pour moi, mais aussi pour mes parents.»

«Vous comprendrez, après les avoir entendues, pourquoi je suis si fière de ces filles-là, a conclu Johanne Dufour. Ce sont de belles femmes. Je suis certaine de leur avenir. Je ne suis pas inquiète.»

Puis, se tournant vers ses filles, elle a ajouté: «Vous allez avoir une belle vie, j'en suis certaine, je vous aime».

Comme le reste du monde.

PLUS:pc