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Les Américains, les plus gros investisseurs en France, peut-être aussi les plus méfiants

09/02/2014 04:45 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Ils sont les plus gros investisseurs étrangers en France, mais peut-être aussi les plus méfiants: le président François Hollande aura fort à faire aux Etats-Unis pour convaincre les Américains de participer à la relance de l'économie française.

La visite d'Etat de M. Hollande à partir de lundi aura une très forte coloration économique.

Le président français, accompagné d'une délégation d'entrepreneurs, doit se rendre en Californie pour rencontrer les géants de l'internet et promouvoir les start-up françaises. Il entend aussi déjeuner mardi avec des chefs d'entreprise américains (FedEx, UPS, Mastercard, Citigroup, PepsiCo...).

Nul doute qu'il aura à coeur de vanter l'économie française à ceux qui y sont à la fois les investisseurs les plus importants, mais aussi les plus méfiants.

Selon l'Agence française pour les investissements internationaux, qui se penche avant tout sur les investissements créateurs d'emplois, en 2012, les Etats-Unis étaient à l'origine en France de 156 projets ayant généré 5.565 emplois. Soit "23% de l'ensemble des investissements étrangers créateurs d'emploi recensés en France."

En deuxième position venait l'Allemagne avec 113 projets pour 3.935 emplois.

"French bashing"

Selon les statistiques de la Banque de France, en termes de stock d'investissements directs en France en 2012, les Etats-Unis étaient une nouvelle fois en tête, avec un total de 93,7 milliards d'euros. Les Américains contrôlent ainsi un cinquième environ du stock total d'investissements directs étrangers en France.

S'ils dominent ces classements, les Américains dominent aussi les sondages en termes de défiance ou tout du moins de déception face à la France.

Seulement 13% des entreprises américaines ayant investi dans le pays en ont une "perception positive", selon un sondage réalisé par la chambre de commerce américaine en France et le cabinet de conseil Bain, qui avait fait grand bruit en octobre dernier.

Dans son dernier "baromètre de l'attractivité", la société Ernst and Young concluait que la France émettait des "signaux défensifs voire répulsifs qui préoccupent entrepreneurs et décideurs", quand l'Allemagne et le Royaume-Uni, au contraire étaient "mieux ancrés dans la mondialisation, jugés plus flexibles et plus compétitifs".

Le déficit d'image s'exprime aussi régulièrement dans des épisodes de "French bashing", c'est-à-dire de critiques volontiers outrancières de la France.

L'un des spécialistes incontestés du genre est le PDG du fabricant américain de pneus Titan International, Maurice Taylor, repreneur des activités de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord et qui s'est signalé par ses sorties sur des ouvriers français ne travaillant, selon lui, que "trois heures par jour".

Plus récemment, le magazine Newsweek avait suscité autant d'hilarité que d'indignation avec un "reportage" affirmant, entre autres, que les couches pour bébés étaient gratuites en France. "C'est le pompon", avait réagi le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici.

Même si elles se révèlent parfois caricaturales, les critiques contre la France font mouche, à en croire Chiara Corazza, directrice générale de Paris-Ile de France Capitale économique, association d'entreprises défendant les intérêts de cette zone qui concentre la moitié des investissements productifs étrangers en France.

"Prenez la fiscalité. Un chauffeur de taxi à New York croit désormais que vous et moi nous payons 75% d'impôts", déplore-t-elle auprès de l'AFP. Pour Mme Corazza, qui a constaté un fort recul des investissements américains dans la capitale, plus encore que le niveau élevé des impôts et taxes en France, c'est "l'instabilité fiscale" qui fait fuir les investisseurs.

Pour sa part, le président Hollande s'est saisi d'un aspect bien particulier de la relation entre la France et les Etats-Unis en matière de fiscalité, concernant les pratiques des grands groupes de l'internet en la matière.

Alors que Yahoo va centraliser en Irlande, pays à faible imposition, les services à ses consommateurs européens ainsi que son stockage de données, et que selon le site lepoint.fr Google va subir un redressement de 1 milliard d'euros du fisc français qu'il aurait tenté de frauder, M. Hollande a récemment déclaré que l'optimisation fiscale pratiquée par les géants de l'internet n'était "pas acceptable".

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