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La vie suit son cours dans un bar fréquenté par la communauté gaie de Sotchi

09/02/2014 10:31 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

SOTCHI, Russie - Les yeux maquillés d'un homme vêtu d'un smoking accueillent les visiteurs qui sonnent à la porte blindée d'un petit édifice d'un étage.

Bienvenue au cabaret Mayak, le bar gai le plus réputé de Sotchi, en Russie, et l'un des rares endroits sûrs où les homosexuels peuvent se rencontrer dans la ville olympique.

La plupart des clients de Mayak détournent les yeux de l'objectif de l'appareil photo et réclament l'anonymat. Mais pas Andrei Ozyorny, un homme de 24 ans né à Sotchi. Cet habitué du cabaret Mayak a récemment fait quelque chose dont il est très fier.

Quand le maire de Sotchi a déclaré dans une entrevue, le mois dernier, qu'il n'y avait pas d'homosexuels à Sotchi, M. Ozyorny lui a envoyé une lettre, qui a ensuite été publiée dans un média russe très connu. «Heureux de vous rencontrer, je suis l'un d'eux», a-t-il écrit.

L'an dernier, la Russie a adopté une loi très controversée qui interdit la «propagande» des relations sexuelles non traditionnelles et la pédophilie. En vertu de cette loi, il est illégal de présenter des informations à ce sujet à des enfants, même si celles-ci ne visent qu'à montrer que les homosexuels sont des personnes comme les autres.

Les autorités russes affirment que la loi vise à protéger les enfants contre les influences nuisibles, mais des militants de la cause gaie estiment plutôt qu'elle encourage l'homophobie en Russie.

Plusieurs personnes ont déjà été condamnées en vertu de la nouvelle loi, dont le rédacteur en chef d'un journal qui a interviewé un enseignant congédié après avoir dévoilé son homosexualité.

Plusieurs dirigeants et journalistes étrangers ont confronté le président russe, Vladimir Poutine, sur la discrimination contre les gais en Russie. M. Poutine a déjà évoqué un lien entre l'homosexualité et la pédophilie, même s'il a assuré que les athlètes homosexuels seraient les bienvenus en Russie, mais seulement s'ils «laissent les enfants tranquilles».

La loi «inculque dans la tête des gens que ces deux termes sont des synonymes: si vous êtes gai, vous êtes un pédophile», affirme Andrei Ozyorny.

Le jeune homme, qui dirige une agence de voyage avec son conjoint, se rappelle avoir eu beaucoup de difficulté à accepter son homosexualité quand il était jeune. Aujourd'hui, il craint que la loi rende les choses encore plus difficiles pour les adolescents russes.

«Ils ont besoin de quelqu'un qui leur dise: tu es correct, tu n'es pas malade, tu n'es pas un pervers, c'est ainsi que tu es né, tu dois accepter cet état de fait», dit-il. «On ne peut plus faire cela maintenant. C'est un crime.»

Au cabaret Mayak, qui était bondé samedi soir, les hommes et femmes présents ne semblaient pas vouloir discuter de la loi et préféraient profiter du moment. Une centaine de personnes étaient présentes, assises dans des fauteuils ou dansant sur la piste.

Des couples s'embrassaient. Tout le monde attendait impatiemment la spécialité de l'établissement: un spectacle de «drag queen».

À l'arrière-scène, la vedette du spectacle, Miss Zhuzha, mettait la touche finale à son maquillage. La personnificatrice féminine de 44 ans, qui fait des spectacles depuis 20 ans, a servi deux ans dans l'armée soviétique en Allemagne de l'Est, sous le nom d'Andrei Sarkisian.

À 1 h 30 du matin, la musique s'est arrêtée et le spectacle a commencé.

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