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Obama et Hollande chez le plus francophile des présidents américains

08/02/2014 12:45 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

Bouteilles de grands bordeaux vieillissant dans la cave, cuisine équipée pour préparer des plats "à la française", bibliothèque regorgeant de volumes dans la langue de Molière: bienvenue chez Thomas Jefferson, le plus francophile des présidents américains.

En emmenant lundi son homologue François Hollande dans le domaine de Jefferson à Monticello (Virginie, est), le président Barack Obama a souhaité souligner le rôle que son lointain prédécesseur (1801-1809) a joué dans les relations historiques entre Paris et Washington, au coeur du succès de l'indépendance américaine.

Monticello "symbolise parfaitement l'alliance et l'amitié entre les États-Unis et la France, qui dure depuis si longtemps", explique à l'AFP un responsable de l'exécutif américain. Selon lui, la visite de lundi sera l'occasion d'un contact informel entre les deux présidents, avant une journée de mardi à la Maison Blanche empreinte de la solennité d'une visite d'État.

"Si on veut comprendre ce pays, il faut comprendre Thomas Jefferson, et si l'on veut comprendre Jefferson, il faut voir Monticello", indique Leslie Greene Bowman, présidente de la fondation privée qui gère cette propriété située à 200 km au sud-ouest de Washington.

Jefferson, rédacteur de la déclaration d'indépendance, fut ambassadeur des jeunes Etats-Unis à Paris de 1784 à 1789. C'est encore grâce aux Français, en difficultés financières, qu'il doubla la superficie de son pays avec l'achat de la Louisiane en 1803.

Mais la francophilie de Jefferson va au delà de la politique et de son aversion naturelle pour le pouvoir colonial britannique. Elle a irrigué les 40 dernières années de sa vie, tant son passage à Paris à la fin de l'Ancien Régime constitua une révélation, raconte Susan Stein, conservatrice de Monticello.

"Pendant son séjour, il s'est immergé dans la société française, il a assisté à des salons artistiques, a entretenu de nombreuses amitiés, été actif sur le plan politique". Alors que les idées des Lumières arrivaient à maturité, Jefferson "était à l'endroit idéal, exactement au bon moment", selon elle.

Rentrant à la fin de l'été 1789 à Monticello, propriété dont il a hérité de son père, celui qui vient d'être nommé secrétaire d'État par George Washington rapporte de Paris pas moins de 86 caisses de meubles, d'argenterie, de tableaux ou de sculptures.

Haut-Brion, Lafite, Latour et Margaux

Son expérience parisienne le conduit aussi à revoir de fond en comble les plans du bâtiment principal de Monticello, perché sur une colline au milieu d'une plantation de 2.000 hectares où travaillent plus d'une centaine d'esclaves.

D'abord inspiré par l'Italien Palladio, Jefferson, architecte autodidacte, rajoute des éléments néoclassiques inspirés de l'hôtel de Salm, actuel palais de la Légion d'honneur sur le front de Seine.

La demeure de Monticello, "pour moi, est une ode à Rome, avec un fort accent français, réalisée avec des matériaux américains", observe Mme Bowman. La maison en briques ocres, flanquée de colonnes blanches et couronnée d'un dôme, est "bien plus petite qu'un hôtel particulier de Paris. Elle est simple mais reste raffinée et élégante".

Mêmes clins d'oeil à la France à l'intérieur de la demeure, dont l'entrée est encadrée de bustes de Voltaire et Turgot. Parmi les milliers de livres du polyglotte Jefferson, de nombreux volumes étaient écrits en français. Et dans sa chambre, le troisième président américain dormait sous une alcôve, encore un élément typiquement français.

En France, Jefferson ne s'est pas cantonné aux salons de la capitale, effectuant plusieurs voyages en particulier dans les provinces viticoles. A Monticello, il garnit sa cave de très grands bordeaux: Haut-Brion, Lafite, Latour, Margaux. Un système astucieux de monte-charge permet même de faire passer les bouteilles à la salle à manger.

Fin gastronome, Jefferson insistera toujours après son séjour parisien pour manger les repas d'un chef cuisinier français ou formé à la française. Il équipe la cuisine de Monticello d'un four à huit foyers, sans précédent aux États-Unis à l'époque, et "il y installe une pendule pour que la cuisson soit précise", explique Mme Bowman.

OEuvre d'une vie, Monticello est en quelque sorte "l'autobiographie" de Jefferson, selon Mme Bowman, traduisant non seulement la substance de l'homme d'État, mais aussi son style. "Et ce style lui vient des cinq ans qu'il a passés à Paris", assure-t-elle.

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