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Crise ukrainienne: Poutine et Ianoukovitch se sont entretenus à Sotchi

08/02/2014 05:56 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Les présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Viktor Ianoukovitch se sont entretenus à Sotchi sur fond de difficultés économiques croissantes de l'Ukraine où les contestataires pro-européens occupent depuis plus de deux mois le centre de Kiev.

Très attendue et redoutée par l'opposition, la rencontre de vendredi soir n'a été confirmée que samedi matin et rien n'a filtré sur la teneur des discussions.

Cette rencontre "au stade" en marge de l'ouverture des JO de Sotchi était la première depuis l'octroi par Moscou d'une importante aide économique à l'Ukraine, qui avait semblé sceller l'orientation vers la Russie de cette ex-république soviétique après la suspension par le gouvernement ukrainien d'un accord d'association avec l'Union européenne.

M. Ianoukovitch est rentré samedi en Ukraine, où ses adversaires appellent à une nouvelle grande manifestation dimanche sur le Maïdan, place centrale de Kiev occupée depuis fin novembre et entourée de barricades.

La Russie a accordé le 17 décembre à Kiev, au bord d'un défaut de paiement, des crédits de 15 milliards de dollars dont trois milliards ont été déjà versés, ainsi qu'un rabais d'un tiers sur le prix du gaz russe livré à l'Ukraine.

Moscou a suspendu le versement de la prochaine tranche de son plan de sauvetage au "peuple frère" en attendant de voir plus clair dans l'évolution politique du pays, dont le Premier ministre Mykola Azarov a démissionné la semaine dernière.

Son successeur n'a toujours pas été désigné par M. Ianoukovitch accusé par l'opposition d'aller consulter Vladimir Poutine sur le futur chef du gouvernement.

- dette gazière -

Le ministre russe des Finances Anton Silouanov a lié samedi l'octroi de cette nouvelle tranche de 2 milliards de dollars à l'acquittement de la dette ukrainienne pour le gaz russe livré en 2013 et en janvier qui s'élève à 3,29 milliards de dollars.

"Nous attendons que l'Ukraine règle la facture gazière. La somme est quand même importante", a déclaré M. Silouanov cité par l'agence Interfax, en soulignant que les deux pays devaient "remplir leurs engagements".

Signe de pressions russes croissantes, plusieurs produits alimentaires et du charbon ukrainiens exportés depuis l'Est pro-russe de l'Ukraine ont été bloqués depuis le 6 février par les douaniers russes, a indiqué la chambre du commerce de la région de Lougansk, qui fait partie du fief électoral de M. Ianoukovitch.

Le recours à ce moyen n'est pas nouveau. En août, les douanes russes ont perturbé le passage de l'ensemble des marchandises ukrainiennes vers la Russie en pleine négociation d'un accord d'association entre Kiev et l'Union européenne.

Les Occidentaux ont annoncé cette semaine préparer de leur côté une aide économique à l'Ukraine tout en reconnaissant qu'elle aurait du mal à égaler l'offre russe.

L'aide sera en outre conditionnée par des réformes douloureuses ce qui ne semble arranger ni le pouvoir ni l'opposition si elle obtient le contrôle du gouvernement, à l'approche des élections.

Le Fonds monétaire international a de son côté indiqué cette semaine que les autorités ukrainiennes n'avaient "pas exprimé leur intérêt pour la reprise de pourparlers ces derniers temps" sur une aide financière.

Entretemps l'agence de notation Fitch Ratings a dégradé d'un cran la note souveraine de l'Ukraine, à "CCC" contre "B-", assortie d'une perspective négative en raison de l'approfondissement de la crise politique dans le pays depuis novembre.

La banque centrale d'Ukraine a pour sa part introduit vendredi des limitations des achats de devises étrangères, pour tenter d'enrayer le plongeon de la monnaie nationale.

L'économie de l'Ukraine est affectée par la contestation sans précédent, déclenché fin novembre et qui a dégénéré en janvier et a fait au moins quatre morts et 500 blessés.

Cette semaine, le Parlement a débattu sans grand succès sur une réforme constitutionnelle réduisant les pouvoirs présidentiels au profit du Premier ministre et du Parlement réclamée par l'opposition.

Cherchant à apaiser les tensions, les services spéciaux ukrainiens (SBU) ont annoncé samedi clore une enquête ouverte en décembre pour "tentatives de prise de pouvoir".

Le SBU a en revanche indiqué enquêter sur la "menace de commettre un acte terroriste" après la tentative d'un Ukrainien de détourner vendredi un avion de ligne turc sur Sotchi où "se trouvaient Poutine et Ianoukovitch qui, selon lui, ont du sang sur les mains".

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