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Violente manifestation contre la misère en Bosnie

07/02/2014 08:44 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

Une manifestation contre la misère et le chômage a tourné à la violence vendredi à Tuzla (nord-est de la Bosnie) où les manifestants ont pénétré dans le siège du gouvernement cantonal qu'ils ont saccagé et incendié.

Une centaine de jeunes encagoulés portant des insignes de l'équipe locale de football ont pénétré dans l'immeuble où ils saccageaient le mobilier et jetaient des téléviseurs par les fenêtres.

Plus de 5.000 manifestants présent sur place applaudissaient.

Plusieurs centaines de policiers se sont repliés à une centaine de mètres où ils ont formé un cordon autour d'un immeuble abritant les services d'urgences de la ville.

Des flammes ainsi qu'une épaisse fumée noirâtre s'échappaient du premier étage de cette tour de dix étages.

Les protestataires à l'intérieur de l'immeuble empêchaient les pompiers d'éteindre les flammes.

Un des leaders des manifestants, Aldin Siranovic, a déclaré que la foule réclamait la démission du gouvernement.

"Ils nous volent depuis 25 ans et ruinent notre avenir. Nous voulons qu'ils s'en aillent", a-t-il lancé à la foule.

Il s'agit de manifestations d'une ampleur sans précédent dans cette ex-république yougoslave depuis la fin de la guerre intercommunautaire de 1992-95. Elles illustrent l'exaspération de la population face à une classe politique engluée dans des querelles politiciennes et incapable de redresser une économie sinistrée.

"La révolte des citoyens!", titrait vendredi en une Dnevni Avaz, le principal quotidien local. "Le printemps bosnien!", affirmait pour sa part le quotidien Oslobodjenje.

Rongé par une corruption endémique, ce petit pays balkanique de 3,8 millions d'habitants est l'un des plus pauvres d'Europe. Le chômage frappe 44% de la population active, mais la Banque centrale estime toutefois le nombre de personnes sans emploi à 27,5% car beaucoup de gens sont employés au noir.

Le salaire mensuel moyen est de 420 euros, et près d'un habitant sur cinq vit dans la pauvreté, selon des statistiques officielles.

"De plus en plus de gens vivent dans la misère et dans la pauvreté, ils ont faim. Le peuple a perdu l'espoir et ne croit plus à une amélioration de la situation. Manifester est leur seul moyen" d'être entendu, a commenté un analyste local, Vehid Sehic.

"Policiers ! Vous êtes nos frères, nos camarades, nos voisins ! Vous devez nous rejoindre", a lancé à l'adresse des forces de l'ordre, Nihad Karac, un manifestant.

"Je suis à la rue depuis deux ans. Les autorités sont sourdes à nos appels et elles méritent ce qui leur arrive", s'est exclamé Mithad Kukuruzovic, un homme d'une cinquantaine d'années.

Vendredi, les écoles et les facultés étaient fermées à Tuzla par crainte de nouvelles manifestations violentes.

La veille au soir, des responsables de la police et de la justice ont été convoqués pour évaluer la situation sécuritaire.

Des scènes de pillages ont été rapportées par la presse locale en marge de la manifestation à Tuzla.

Comme les jours précédents, des manifestations devaient avoir lieu dans une vingtaine de villes dont Sarajevo, Prijedor (nord), Mostar (sud), Banja Luka (nord), Zenica (centre) et Bihac (nord-ouest).

Jeudi à Tuzla, des heurts violents entre des milliers de manifestants et forces de l'ordre devant le siège de l'administration régionale, avaient fait 130 blessés, en majorité des policiers. Huit protestataires ont été interpellés.

Quelque 7.000 personnes, selon les médias locaux, 2.000 selon la police, avaient protesté dans cette ville, jadis la plus importante ville industrielle de cette ex-république yougoslave. La manifestation avait rassemblé des salariés de plusieurs anciennes entreprises publiques en faillite qui n'ont plus reçu de salaire depuis plusieurs mois. Il s'agit notamment d'entreprises de l'industrie chimique et forestière.

rus-cn/plh

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