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Un an après, la retraite discrète de Benoît XVI

07/02/2014 12:15 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

Ceux qui l'ont rencontré le répètent: Benoît XVI semble comme soulagé d'un poids. Et le pape émérite, retiré sur la colline au Vatican, s'est effacé volontairement pour ne pas interférer dans le gouvernement de son successeur.

Un an après l'annonce de sa renonciation par un matin glacé de février, le pape allemand qui a gouverné une Eglise dans la tempête des scandales -corruption, intrigues, pédophilie..- pendant huit ans, semble oublié du grand public.

Dans les kiosques, l'image grave et douce du théologien Joseph Ratzinger a presque disparu, à côté des dizaines de cartes postales représentant les papes de combat François ou Jean Paul II.

En même temps, les aspects positifs de son pontificat sont reconnus par certains experts au Vatican: clarté théologique, cohérence et sévérité face aux scandales comme celui des prêtres pédophiles.

La question soulevée par la démission d'un pape semble apaisée: il n'y a pas de guerre larvée entre deux papes.

Avant de cesser d'être pape le 28 février dernier, il avait promis de se retirer dans l'étude et la prière et de faire voeu d'obéissance à son successeur.

Après son élection, Jorge Mario Bergoglio était allé le voir dans la résidence de Castel Gandolfo, au sud-est de Rome. Le contraste avait frappé: à côté de l'énergique Argentin, le vieux pape allemand, avançant lentement sur sa canne, était apparu vieilli de dix ans. Sans doute un passage à vide du à une brusque rupture de rythme.

Il a depuis récupéré partiellement de sa fatigue, même s'il "porte son âge", selon ses proches.

Début mai, il s'est installé dans l'ancien monastère Mater Ecclesiae, d'où il a une vue imprenable sur Rome, avec son secrétaire particulier Georg Gänswein et quatre laïques consacrées qui le servaient quand il était pape. Il n'est allé qu'une fois en août à Castel Gandolfo, la résidence d'été qu'il affectionne.

"Je vis comme une moine, je prie et je lis, je vais bien", avait confié simplement en juin l'ancien pape de 86 ans.

Selon différents témoignages, il écrit aussi, écoute de la musique ou joue du piano. Il pourrait travailler à une autobiographie, a confié un prélat allemand.

Il reçoit aussi discrètement des amis, surtout allemands, accueille son frère Georg, 90 ans, en séjour prolongé. Des prélats et théologiens viennent le voir.

"Il m'a frappé par sa lucidité. Son esprit a gardé toute sa fraîcheur", a témoigné à l'AFP l'un d'eux, qui a requis l'anonymat.

A quelques reprises, des petites fêtes ont été organisées comme un concert de musique de chambre.

Benoît XVI n'entend pas retourner dans sa chère Bavière, pour finir sa vie dans une abbaye. Il s'est fait le voeu de rester pour prier pour l'Eglise, là où elle a son centre, le Vatican.

Son rapport avec François? "La relation est bonne même s'il ne partage pas forcément toutes ses initiatives", a estimé ce prélat.

François lui rend souvent hommage, le cite dans le texte, lui téléphone. Plusieurs photos les montrent côte-à-côte, agenouillés dans une chapelle.

Au moment de Noël, Benoît est descendu à la résidence Sainte-Marthe pour déjeuner avec François. Ce dernier était monté quelques jours avant le saluer à Mater Ecclesiae.

"C'est comme si on avait son grand-père à la maison", avait confié François dans l'avion qui le ramenait du Brésil, ajoutant qu'il éprouvait souvent le besoin de le consulter.

Seule intervention publique qui avait surpris: la publication en septembre, dans le quotidien Repubblica, d'une lettre de Benoît XVI à un philosophe athée italien Piergiorgio Odifreddi, en réponse à un livre critique sur l'Eglise catholique de Odifreddi.

Le pape émérite se montrait le même théologien incisif qu'autrefois. Au nom de la "franchise", il l'appelait à être "plus compétent" sur le plan historique quand il évoquait Jésus. Il faisait remarquer que dans "sa religion des mathématiques", "trois thèmes fondamentaux de l'existence humaine manquaient: la liberté, l'amour et le mal".

Une inconnue subsiste: si Ratzinger participera d'une manière ou d'une autre le 27 avril à la canonisation du pape qu'il a servi et aimé, Jean Paul II.

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