POLITIQUE

Le recteur de l'Université de Montréal associe la charte au régime de Franco

07/02/2014 04:51 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT
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QUÉBEC - Le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, s'est permis un parallèle audacieux, vendredi, en comparant le gouvernement Marois au régime dictatorial de Franco, en Espagne, sur la question controversée des signes religieux.

La volonté du gouvernement d'interdire aux employés de l'État de porter des signes religieux lui fait penser aux excès du gouvernement autoritaire franquiste, au pouvoir pendant des décennies, jusqu'en 1975, en Espagne.

Dans le cadre de la consultation menée sur le projet de loi 60 qui encadre la charte de la laïcité, M. Breton a affirmé qu'il ne voulait pas vivre dans une société qui ne tolère pas les opinions divergentes et où les diktats de l'État excluent toute forme d'autonomie.

Ses réflexions ont piqué au vif le ministre responsable de la charte, Bernard Drainville, et incité le président de la commission parlementaire, Luc Ferland, à l'inviter à faire preuve de plus de modération dans ses propos.

Le recteur s'est opposé énergiquement à toute forme d'interdiction de porter des signes religieux à l'université.

Il juge que le projet de loi 60, adopté tel quel, nuirait au recrutement de professeurs et d'étudiants étrangers, et pourrait même provoquer un exode des cerveaux.

Pour appuyer sa position, M. Breton a raconté que lors d'un séjour en Espagne, à l'Université de Barcelone, il était intrigué par le fait que, dans le passé, certains recteurs de cette institution avaient eu de longs règnes et d'autres pas.

Le recteur de l'Université de Barcelone lui a alors répondu que c'était «l'époque de Franco: ceux qui faisaient notre affaire restaient là longtemps, ceux qui ne faisaient pas l'affaire disparaissaient. Je souhaite que nous n'allions pas dans une société où le diktat étatique va faire que nous n'aurons plus d'autonomie, qu'on ne sera plus capables, parce qu'on a une opinion autre, de continuer à faire avancer notre institution».

Dans un plaidoyer pour la diversité, la liberté académique et l'autonomie universitaire, M. Breton a ajouté qu'il ne voulait pas vivre «dans un environnement où on me dise: 'Tu vas arrêter de faire telle chose. Tu vas arrêter de donner tel cours. Les gens qui donnaient ces cours habillés de telle façon, tu vas les congédier'. Je pense que ce serait faire reculer, pas juste l'université, mais la société».

Sur sa lancée, le recteur a exhorté ses interlocuteurs à cesser «d'avoir peur» de l'autre. «Il faut arrêter d'avoir peur, d'avoir peur et il faut arrêter de donner l'impression que parce que les gens sont différents, il y a un danger là-dedans», a-t-il dit.

Le ministre Drainville n'a pas du tout apprécié la sortie du recteur, qu'il a assimilée à une «extrapolation» étonnante et une «interprétation abusive» du projet de loi 60. S'adressant à lui, il a dit: «M. le recteur, en tout respect, on a vraiment un désaccord assez profond». Il a réaffirmé que le projet de loi respectait la liberté de conscience et la liberté religieuse.

Il n'y a pas de problème avec les signes religieux à l'Université de Montréal, a répliqué M. Breton, en rappelant que l'institution qu'il dirige abritait 134 nationalités différentes.

Certains étudiants masculins ont demandé dans le passé de ne pas être en contact avec des étudiantes, mais la demande a été refusée, a relaté le recteur, qui souhaite continuer à régler ce type de requêtes à l'interne. «N'alourdissez pas la machine», a demandé le recteur.

Selon lui, il n'y a pas de doute, «si on contraint trop, il y a des gens qui vont choisir de ne pas venir chez nous». Si jamais la loi était appliquée dans sa forme actuelle, elle pourrait même «nous empêcher de jouer notre rôle d'université».

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