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Procès Magnotta: le juge autorise la Couronne à interroger des témoins en Europe

07/02/2014 01:36 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le juge au procès du présumé meurtrier Luka Rocco Magnotta a donné son accord, vendredi, pour que des preuves soient recueillies en France et en Allemagne.

Si les détails de cette démarche complexe doivent encore être déterminés, le juge Guy Cournoyer, de la Cour supérieure, a accepté la demande de la Couronne, qui avait présenté une motion à ce sujet jeudi.

Le procès de Magnotta pour le meurtre de Jun Lin, un étudiant de l'Université Concordia assassiné en mai 2012, doit commencer en septembre.

Avant cette date, la Couronne et la défense se rendront recueillir des preuves dans deux pays du Vieux Continent pour questionner des civils et des membres des autorités.

Juste après la mort de Jun Lin, Luka Rocco Magnotta avait quitté le Canada pour se rendre en France puis en Allemagne, où il a été arrêté en juin 2012. Les procureurs souhaitent maintenant interroger une trentaine de témoins à Paris et Berlin.

En plus de l'accusation de meurtre prémédité portée contre lui, Magnotta est également accusé d'avoir profané un cadavre, d'avoir publié du contenu obscène, d'avoir harcelé le premier ministre Stephen Harper et d'autres parlementaires, ainsi que d'avoir envoyé par la poste des matériaux obscènes et indécents — des parties du corps de la victime. Il a plaidé non coupable à l'ensemble des accusations le 19 juin 2012.

Selon le procureur Louis Bouthiller, «il faudrait un miracle» pour faire venir à Montréal la trentaine de témoins européens dans le cadre d'un procès qui pourrait durer de six à huit semaines.

Le juge Cournoyer a expliqué que même si le système judiciaire fonctionne différemment en France et en Allemagne, la décision d'admettre en preuves les éléments glanés là-bas sera prise une fois le processus terminé.

L'avocat de Magnotta, Luc Leclair, avait plaidé que les témoins devraient être emmenés au Canada afin de témoigner en personne dans le cadre du procès de son client.

Un témoin expert de la Couronne a toutefois affirmé qu'il n'existait aucun moyen de forcer des ressortissants étrangers à venir témoigner en sol canadien, et qu'il n'y avait aucun recours s'ils consentaient d'abord à témoigner, pour ensuite se désister.

Tout le processus de cueillette des témoignages en Europe pourrait prendre de quatre à six mois. Si le juge Cournoyer a dit vouloir que le tout soit accompli rapidement, il a toutefois reconnu qu'il existait encore certains problèmes juridiques et logistiques.

Un porte-parole de la Couronne a mentionné que le but de l'exercice consistait à utiliser ces témoignages en preuve contre la défense lors du procès, bien que la question de l'admissibilité des témoignages doive encore être réglée.

«On se doit de respecter la souveraineté des pays et d'y aller avec diplomatie parce que l'on se trouve en pays étranger», a dit Jean-Pascal Boucher, en précisant que «toutes les parties tenteraient de respecter le plus possible le droit canadien», mais que tout cela demeurait «une question hypothétique».

Par ailleurs, on ne sait pas encore qui va payer les frais de voyage en Europe de l'avocat de Magnotta, Luc Leclair. Le magistrat a laissé entendre que l'État pourrait défrayer une partie de ces coûts.

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