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L'illusion générale d'une guerre courte

07/02/2014 02:48 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

" La guerre sera très courte, un mois, six semaines. Non, répondis-je, elle sera longue, il y en aura au moins pour trois mois " : ce dialogue avec un camarade début août 1914, que relate le lieutenant d'infanterie français Charles Delvert dans ses carnets, résume l'illusion générale d'une guerre courte, répandue chez tous les dirigeants militaires ou politiques européens

Quand le conflit se déclenche, les états-majors français et allemand, qui peaufinent depuis des années des stratégies militaires offensives, pensent que la guerre sera forcément brève parce que trop violente et coûteuse en hommes et en matériels pour être supportée durablement par les belligérants.

Des deux côtés, on a donc des plans résolument offensifs, conçus pour une guerre de mouvement de quelques semaines.

Pour les Allemands, c'est le "plan Schlieffen". Il est fondé sur la nécessité de vaincre rapidement l'armée française à l'ouest, avant l'arrivée de renforts britanniques et surtout avant que la Russie, alliée de la France, ait eu le temps de mobiliser ses forces et prendre l'Allemagne à revers à l'est.

écraser la France rapidement

La stratégie allemande prévoit donc d'écraser la France en six semaines par une attaque massive au nord, violant la neutralité belge sans égard pour l'opinion internationale, et en s'appuyant sur la puissance de l'artillerie.

Les responsables politiques, dont beaucoup pensaient qu'une guerre européenne était inévitable à terme, approuvent, note l'historien allemand Gerd Krumeich. "Eduqués en ce sens depuis des générations, ils étaient convaincus qu'il fallait laisser la chose militaire aux militaires compétents".

Côté français, où les esprits sont toujours marqués par la défaite de 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine, le général Joffre, chef de l'Etat-major de l'armée, en accord avec le président du Conseil Raymond Poincaré, a concocté le "Plan XVII". Basé sur le dogme de "l'offensive à outrance", il compte sur l'enthousiasme des fantassins pour couper l'armée allemande en deux lors d'une attaque concentrée sur la frontière en Lorraine.

pénurie de munitions

Les deux armées sont tellement certaines que la guerre sera courte qu'elles ne disposent en août 1914 que d'une quantité limitée de munitions, prévues pour quelques semaines de combat seulement. L'une et l'autre feront face dès septembre à une sévère pénurie d'obus, qu'elles mettront des mois à surmonter et qui donnera de sueurs froides aux états-majors.

Les populations croient au pronostic des militaires, notamment en France où près de la moitié des conscrits sont des paysans qui abandonnent les moissons en cours pour partir sur le front. La plupart sont persuadés d'être de retour pour les vendanges, les plus pessimistes pensent qu'ils seront rentrés pour Noël, note l'historien français Jean-Jacques Becker.

Au début, le "plan Schlieffen" semble en passe de réussir: les forces allemandes enfoncent les lignes françaises, tandis que le "plan XVII" est un échec sanglant. L'armée française bat en retraite partout après quelques jours de combat. Mais elle ne se débande pas et se regroupe sur la Marne. C'est là qu'elle parviendra à arrêter enfin les Allemands, à moins de 50 km de Paris, avant de les refouler vers le nord.

Après cette première grande victoire française, très chèrement payée, aucun des deux adversaires ne parviendra plus à prendre l'avantage sur l'autre: le front ouest, sur lequel les deux armées s'enterrent pour se protéger de l'artillerie meurtrière, finit par se stabiliser en novembre de la mer du Nord à la frontière suisse.

Il n'est plus question d'être de retour chez soi pour Noël. C'est le début d'une sanglante guerre de positions, qu'aucun état-major n'avait prévue, et qui durera plus de trois ans jusqu'aux grandes offensives allemande du printemps 1918.

aml/lma/phv

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